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Alchimie

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  - Le laboratoire de l'alchimiste (1551).
L’alchimie est une discipline qui peut se définir comme « un ensemble de pratiques et de spéculations en rapport avec la transmutation des métaux »{{notetexte=Pour reprendre la définition très générale et « prudente » chez group = N. L'un des objectifs de l'alchimie est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, principalement des métaux « vils », comme le plomb, en métaux nobles comme l'argent ou l'or.
Cet objectif se fonde sur la théorie que les métaux sont des corps composés (souvent de soufre et de mercure). Un autre objectif classique de l'alchimie est la recherche de la panacée (médecine universelle) et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie. La pratique de l'alchimie et les théories de la matière sur lesquelles elle se fonde, sont parfois accompagnées, notamment à partir de la Renaissance, de spéculations philosophiques, mystiques ou spirituelles.
Des pensées et des pratiques de type alchimique ont existé en Chine dès le et en Inde dès le . L'alchimie occidentale, quant à elle, commence dans l'Égypte gréco-romaine au début de notre ère, puis dans le monde arabo-musulman, d'où elle se transmet au Moyen Âge à l'Occident latin, où elle se développe à la Renaissance et jusqu'au début de l'époque moderne. Jusqu'à la fin du les mots alchimie et chimie sont synonymes et utilisés indifféremment. Ce n'est qu'au cours du qu'ils se distinguent et que l'alchimie connaît une phase de déclin, sans toutefois disparaître totalement, alors que la chimie moderne s'impose avec les travaux d'Antoine Lavoisier, et la découverte que les métaux sont des « substances simples ».
Fichier:Amphitheatrum sapientiae aeternae - Alchemist's Laboratory.pngvignetteLaboratoire de l'alchimiste
Hans Vredeman de Vries (vers 1595).

Étymologie

L'étymologie du terme alchimie est discutée ( ). Le mot « alchimie » viendrait de l'arabe , al-kīmiyāﺀ venant lui-même du grec ancien khumeia / khêmeia. Le terme apparaît dans le vocabulaire français au , par le latin médiéval alchemia. Les termes alchimie et chimie (en latin alchemia et chemia, ou alchymia et chymia) sont restés strictement synonymes jusqu'au début du , avec notamment l'ouvrage polémique d'Étienne-François Geoffroy, Des supercheries concernant la pierre philosophale (1722) , et ..
Différentes hypothèses ont été avancées pour l'origine du mot en arabeR. Alleau, Encycl.Univ., Ibid, .. Le mot arabe proviendrait du mot grec khemeia « Alchemy », Online Etymology Dictionary., désignant également la chimie dans son acception moderne, ou bien du grec , khymeia désignant un mélange, une mixture. Le philologue Hermann Diels, dans son Antike Technik (1920) y voyait la « fusion », du grec ancien khumeia / khêmeia, signifiant « art de fondre et d'allier les métaux ».
Kimiya pourrait également venir du mot copte kēme (ou son équivalent en dialecte bohaïrique, khēme), lui-même dérivant du grec kmỉ, correspondant au moyen égyptien ḳm.t, désignant la terre noire, la terre alluvionnaire et par extension l'Égypte ( ) ..
Une autre origine suppose que la plante alchémille a donné son nom aux alchimistes et non le contraire. Cette plante qui a des feuilles en forme de coupole, recueille la rosée qui servait dans les préparations dans la recherche de la pierre philosophale.

Historique

Alchimie gréco-alexandrine

  • Alchimistes gréco-alexandrins
  • Pour Michèle Mertens : {{citation blocIl est maintenant généralement admis que l'alchimie occidentale est apparue dans l'Égypte gréco-romaine vers le début de notre ère, et qu'elle est le résultat de la conjonction de plusieurs facteurs, les plus remarquables étant (1) les pratiques des orfèvres et forgerons égyptiens qui travaillaient sur les alliages et savaient dorer les métaux ; (2) la théorie de l'unité fondamentale de la matière, selon laquelle toutes les substances sont composées d'une matière primitive et doivent leurs spécificités à la présence de différentes qualités imposées à cette matière ; (3) l'idée que le but de toute technique doit être la mimesis de la nature ; (4) la doctrine de la sympathie universelle, selon laquelle tous les éléments du cosmos sont reliées par des sympathies et antipathies cachées qui expliquent toutes leurs combinaisons et séparations. La rencontre de ces différentes tendances de pensées amena l'idée que la transmutation était possible, ainsi que des rêveries mystiques influencées par les courants gnostiques et hermétistes, et favorisées par le déclin du rationalisme grec ..
    Henri-Dominique Saffrey sépare les textes d'alchimie grecque ancienne et byzantine en trois groupes successifs Voir aussi le travail important de datation effectué par Jean Letrouit, « Chronologie des alchimistes grecs », dans Didier Kahn et Sylvain Matton (éds.), Alchimie: art, histoire et mythes. Actes du Colloque international de la Société d'Étude de l'Histoire de l'Alchimie, Paris et Milan: S.É.H.A. / Arché, 1995, . :
    1. Les recettes : Ce groupe se compose de trois documents: deux recueils sur papyrus, conservés à Leyde et à Stockholm datés de 300 Les alchimistes grecs, t. I : Papyrus de Leyde. Papyrus de Stockholm. Recettes, édi. par Robert Halleux, Les Belles Lettres, 1981, 235 p., dits papyri de Leyde et de Stockholm. À l'exception du « papyrus magique de Londre et de Leyde » (P. Leiden/London; https://www.trismegistos.org/text/55955 TM 55955), qui contient une recette de « rouille d'or »Robert Halleux, Les alchimistes grecs, Tome 1, Paris: Les Belles Lettres, 1981, ., ces deux recueils sont les seuls manuscrits d'alchimie grecque antique. À ce premier groupe s'ajoute les Quatre livres attribués à Démocrite, ouvrage maintenant fragmentaire et daté de la seconde moitié du . À l'exception des papyrus, tout le reste de la tradition alchimique grecque nous provient d'un ensemble relativement homogène de manuscrits byzantins datés au plus tôt de la fin du appelé « corpus alchimique grec »Michèle Mertens, « Graeco-Egyptian Alchemy in Byzantium », dans M. Mavroudi et P. Magdalino (éds.), The Occult Sciences in Byzantium, La pomme d'or, 2006, ..
    2. Les auteurs alchimiques : ce groupe, daté du troisième à la fin du quatrième siècle apr. J.-C., se compose principalement de l'œuvre de Zosime de Panopolis. À cette œuvre se rajoute de courts traités attribués à Pélagios et Jamblique, un dialogue anonyme entre Cléopâtre et les « philosophes » (i.e. alchimistes) et plusieurs autres fragments généralement attribués à des personnages légendaires ou inconnu (Ostanes, Agathodaimon, Moïse).
    3. Les commentateurs : Saffrey date le début de la période des commentateurs à la fin du quatrième siècle. Parmi ces commentateurs, on compte un commentaire du pseudo-Démocrite intitulé Le philosophe Synésius à DioscorusVoir l'édition et la translation de Matteo Martelli, The Four Books of Pseudo-Democritus, Maney, 2014, . ( ) et un commentaire sur Zosime attribué à un certain Olympiodore d'Alexandrie, parfois dit « l'alchimiste » afin de le distinguer du célèbre philosophe néoplatonicien, généralement daté du Henri-Dominique Saffrey, « Olympiodorus d’Alexandrie l’alchimiste », dans Dictionnaire des philosophes antiques, 2005, vol. IV, , in Brepolis Encyclopaedias. Pour l'identification d'Olympiodore l'alchimiste et d'Olympiodore le néoplatonicien, voir Cristina Viano, « Olympiodore l’alchimiste et les présocratiques : une doxographie de l’unité (De arte sacra, § 18-27) », dans D. Kahn et S. Matton (édit.), Alchimie. Art, histoire et mythes. Actes du colloque international de la Société d’Étude de l’Histoire de l’Alchimie (Paris, Collège de France, 14-16 mars 1991), coll. « Textes et travaux de Chrysopœia » 1, Paris/Milano 1995, , notamment ; Ead., « Le Commentaire d’Olympiodore au livre IV des Météorologiques d’Aristote », dans Cristina Viano (édit.), Aristoteles Chemicus. Il IV libro dei “Meteorologica” nella tradizione antica e medievale, coll. « International Aristotle Studies » 1, Sankt Augustin 2002, , notamment .. Viennent ensuite l'œuvre importante attribuée à Étienne d'Alexandrie ainsi que quatre poèmes alchimiques, attribuées à Héliodore, Théophraste, Hiérotheos et Archélaos ( ). Le commentateur dit « le Chrétien » serait à dater entre les . Des nombreux textes d'époque byzantine, on peut nommer ceux de Michel Psellus ( ) et de Nicéphore Blemmydès ( ).

    Liens avec l'Égypte pharaonique

    Selon Zosime de Panopolis, l'alchimie telle qu'elle était pratiquée à son époque tirait son origine des cultes égyptiens. Dans un traité généralement appelé le « Compte Final », Zosime présente une courte histoire des techniques minéralurgiques et de deux types de « teintures » (βαφαί), les teintures « naturelle» (φυσικά) et les teintures « non naturelles » (ἀφυσικά). L'alchimie y est décrite comme un art ayant été jadis caché et monopolisé par les prêtres égyptiens et leurs « démons terrestres » (ϙϙ c’est-à-dire δαίμονες περίγειοι), que Zosime appelle aussi « gardiens des lieux » (οἱ κατὰ τόπον ἔφοροι). Il s'agit vraisemblablement des dieux égyptiens, qu'il présente comme des démons menteurs promettant le succès dans la pratique des teintures en échange de sacrifices. Zosime a manifesté un intérêt pour les pratiques des prêtres des temples égyptiens dans deux autres traités et semble les avoir considérés comme les derniers spécialistes de l'alchimie : dans Sur les appareils et les fourneaux, il mentionne avoir visité « l'antique sanctuaire de Memphis » où il a vu un fourneau tombé en pièceZosime de Panopolis, Mémoires authentiques, texte édité et traduit par Michèle Mertens, Paris, Belles Lettres, Coll. Les alchimistes grecs, Tome 4, 1e partie, 1995, .; une traduction syriaque d'un traité de Zosime Sur le travail du cuivre montre aussi son intérêt pour des pratiques métallurgique liées à la fabrication et la coloration des statues du culte égyptienMarcellin Berthelot et Rubens Duval, La chimie au Moyen Âge, Imprimerie Nationale, Paris, 1893, . . Bien que Zosime attribuât les pratiques alchimiques de son temps à celle des prêtres égyptiens, il n'attribuait pas son origine à un peuple ou à un groupe de prêtres en particulier mais plutôt à l'enseignement des anges déchus, qui aurait été consigné dans un traité perdu intitulé le "Chemeu" . Plutôt que de suivre les traditions égyptiennes, qu'il croyait avoir été corrompues par l'influence de "démons", Zosime cherchait à reconstituer l'authentique doctrine alchimique par une exégèse méticuleuse des textes, et plus particulièrement, par l'interprétation des textes attribués à Démocrite, qu'il croyait être le seul à avoir fait allusion au Chemeu. Zosime, La dernière abstinence (τελευταὶα ἀποχή) in A.-J. Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, Paris, Gabalad, vol.1, 1950, , lignes 13-14 (texte grec).
    François Daumas voit un lien entre la pensée égyptienne et l'alchimie gréco-égyptienne, à travers la notion de pierre, pierre à bâtir ou pierre philosophaleFrançois Daumas, « L'alchimie a-t-elle une origine égyptienne ? », Das römisch-byzantinische ägypten, Mayence, 1983, .. Garth Fowden, cependant, juge l'interprétation de Daumas trop optimiste : . Shannon Grimes a émis une thèse semblable à celle de Daumas, Festugière et Mertens. Selon Grimes, Zosime de Panopolis (c. 300 ap. J.-C.), un des premiers commentateurs de textes alchimiques, aurait était prêtre d'un culte égyptien et aurait adapté les traditions égyptiennes concernant la création et la consécration des statues de cultes, notamment le rite de l'ouverture de la bouche, aux traditions hébraïques et chrétiennes .

    Liens avec les pratiques artisanales et la métallurgie

    De nombreuses techniques artisanales sont connues dans l'Égypte hellénistique avant l'apparition de l'alchimie : fonte des métaux (seulement sept métaux sont connus de l'antiquité jusqu'à la renaissance : or, cuivre, argent, plomb, étain, fer et mercure), la fabrication d'alliage (bronze et laiton), différentes techniques de métallurgie et d'orfèvrerie, le travail du verre, la fabrication de gemmes artificielles, la fabrication de cosmétique - Voir aussi Shannon Grimes, Becoming Gold: Zosimos of Panopolis and the Alchemical Arts in Roman Egypt, Auckland, Rubedo Press, 2018, ..
    Les différentes techniques de raffinage des minerais aurifères et argentifères sont particulièrement pertinentes à ce qui allait être appelé alchimie. Les premières techniques consistent à extraire les métaux précieux des minerais. Comme le mentionne Pline l'ancien à la fin du , le mercure était utilisé pour séparer l'or du minerai . L'or et les argents se trouvant généralement mélangés l'un à l'autre ainsi qu'à d'autres métaux, la séparation de ces métaux était nécessaire à l'obtention d'or et d'argent de haut titre. Une première technique, la coupellation, permettait de séparer l'or et l'argent d'autres métaux mais non pas l'or de l'argentLa coupellation décrite par Pline l'ancien, Histoire naturelle, 33,25 et par http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre32.htm Strabon, Géographie, 3,2,8.. Pour ce faire, on utilisait plutôt la cémentation, une technique qui consistait à calciner l’alliage d'or et d'argent avec d'autres produits, dont le sel, dans des vases d'argile. Sous l'effet de la chaleur, l'argent du mélange réagit avec le sel et se colle aux parois du vase. Cette technique fut décrite par AgatharchideAgatarchide de Cnide dans un ouvrage maintenant perdu et cité par Diodore de Sicile . Des fouilles archéologiques à Sardes ont aussi démontré qu'une technique de cémentation similaire à celle décrite par Agarthacide y fut utilisée .
    Un lien peut-être plus fort encore peut être fait entre l'utilisation de mercure pour la dorure (le mercure y servant à coller des feuilles d'or sur un objet)Pline l'ancien, Histoire naturelle, 33, 20; Papyrus de Leyde X, recette 41 dans R. Halleux, ed., Les Alchimistes Grecs, Vol. 1: Leiden Papyrus X, Stockholm Papyrus, Fragments (Paris: Les Belles Lettres, 1981)., le rôle que cette technique jouait dans la coloration des statues et l'importance que le mercure revêt dans les commentaires alchimiques, notamment ceux de Zosime de Panopolis.

    Les livres de recettes

    Fichier:Papyrus Holmiensis.pngvignetteUne page du papyrus de Stockholm.
    Les plus anciens textes grecs qu'on peut relier à l'alchimie sont les papyrus de Leyde et de Stockholm, écrits en grec et découverts en Égypte, et qui datent du . Ils contiennent 250 recettes techniques qu'on peut répartir en quatre catégories qui visent à donner aux métaux l'aspect de l'or ou de l'argent et à imiter la coûteuse pourpre et les pierres précieuses (émeraudes, perles...). Ces recettes sont claires dans la mesure où on parvient à en identifier aujourd'hui les ingrédients . Les papyrus recettes contiennent des tests de la pureté des métaux précieux et communs, ce qui indique que leurs auteurs sont parfaitement conscients de la différence entre l'imitation et l'original . Une de ces recettes par exemple, porte sur l'« eau de soufre », constituée d'un mélange de chaux, de soufre et d'urine ou de vinaigre, que l'on chauffe. Elle permet de donner à l'argent l'aspect de l'or par l'action en surface de polysulfures de calcium . Les premiers papyrologues ayant travaillé sur ces deux manuscrits s'accordent pour dire qu'ils sont l’œuvre du même copiste (ce même copiste serait par ailleurs l'auteur de manuscrits maintenant mieux connus sous le nom de "papyrus magiques grecs" ). Considérés comme une seule œuvre, les manuscrits alchimiques de Leyde et de Stockholm portent sur l'imitation de quatre types de substances (l'or, l'argent, la teinture pourpre et les pierres précieuses). Cette même division se retrouve aussi dans la tradition des Quatre livres attribués à Démocrite, la plus ancienne tradition d'alchimie grecque que l'on connaisseMatteo Martelli, « The Alchemical Art of Dyeing: The Fourfold Division of Alchemy and the Enochian Tradition » dans Sven Dupré (éd.), Laboratories of Art, Springer, 2014, https://doi.org/10.1007/978-3-319-05065-2_1. Matteo Martelli, The Four Books of Pseudo-Democritus, Maney, 2013..
    Le plus ancien texte du Corpus alchemicum graecum est le Physika kai mystika (φυσικά και μυστικά, Questions naturelles et secrètes) , et que l'on peut dater du . Faussement attribué au philosophe Démocrite d'Abdère du avant notre ère (on parle du Pseudo-Démocrite), ce texte a souvent été considéré au , comme une version remaniée et interpolée d'un ouvrage plus ancien d'un auteur gréco-égyptien mal connu, Bolos de Mendès (entre −250 et −125) ; Les études plus récentes ont conduit à rejeter cette hypothèseJ. P. Hershbell, "Democritus and the Beginnings of Greek Alchemy", Ambix, 34 (1987), - Matteo Martelli, Pseudo-Democrito. Scritti alchemici con il commentario di Sinesio, Textes et travaux de Chrysopoeia 12, Paris - Milano, S.E.H.A - Archè, 2011 : «Martelli démolit aussi bien l’identification précédemment soutenue, entre pseudo-Démocrite et l’Égyptien Bolos de Mendès qu’entre Synésius et son homonyme, le philosophe néoplatonicien et évêque de Cyrène.» http://www.ircps.org/sites/ircps.org/files/aestimatio/10/2013-18_VianoBW_0.pdf revue par Cristina Viano ; «Martelli ( ) also disposes of the earlier , frequently repeated in the literature, that the Physika kai mystica was written by one Bolos of Mende, a Greco-Egyptian author of the third and second centuries BC » . Synésius l'alchimiste, au , identifie le maître au mage Ostanès, et le temple à celui de Memphis. Le texte présente des recettes techniques très similaires à celles des papyrus, destinées à imiter l'or, l'argent, le pourpre et les pierres précieuses ; mais il présente des éléments qui deviendront caractéristiques des textes alchimiques :
    • La fausse attribution à des auteurs célèbres ou mythiques
    • l'aspect initiatique : le pseudo-Démocrite essaie sans succès d'invoquer du séjour des morts son maître mort avant de lui avoir transmis ses secrets, mais finit par découvrir dans la colonne d'un Temple une formule qui résume son art : « la nature se réjouit de la nature, la nature vainc la nature, la nature domine la nature ». Chaque recette est suivie d'une des trois propositions de la formule.
    • l'ambiguïté du langage : le texte joue sur le double sens de l'expression theion hudor qui peut signifier en grec « eau de soufre » ou « eau divine » . Il utilise l'expression « notre plomb », pour désigner autre chose, probablement la stibnite (minerai d'antimoine) .
    Pour Didier Kahn c'est le premier traité d'alchimie connu , mais pour Lawrence Principe il appartient encore à la littérature technique des recettes . Comme l'indiquait Robert Halleux : .

    Zosime de Panopolis


    Selon Lawrence Principe c'est vraisemblablement au cours du que l'idée, non plus d'imiter l'or et l'argent, mais de les fabriquer réellement émergea . Après le Physika kai mystika du pseudo-Démocrite, on dispose d'une série de citations ou de courts traités attribués à des personnages mythiques ou célèbres (Hermès, Isis, Moïse, Agathodémon, Jamblique, Marie la Juive, Cléopatre, Comarius, Ostanès, Pamménnès, Pibechius..., pour la plupart cités par Zosime de Panopolis (Rosinus dans les publications latines postérieures)Mémoires authentiques V et VIII dans Michèle Mertens, Les alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995., qui, vers 300, est le premier alchimiste pour lequel on dispose d'écrits et de détails biographiques substantiels.
    Ces détails restent essentiellement limités aux écrits de Zosime. La Souda, une encylopédie datant de la fin du , l'appelle un philosophe (l'appellation ordinaire pour un auteur de textes alchimiques grecs) d'AlexandrieSouda, Z 168. Voir https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-html/ sous No. Adler Z 168.. La Souda est la seule source identifiant Zosime comme un alexandrin et la plupart des chercheurs s'accordent maintenant pour dire que Zosime était originaire de Panopolis. L'encyclopédie lui attribue aussi une œuvre en 28 volumes « appelée par certains Cheirokmêta » et une Vie de Platon. Aucune Vie de Platon nous est parvenue attribuée à Zosime et aucune collection de ses livres ne correspond exactement à la description faite des Cheirokmêta.

    Les commentateurs

    Deux autres auteurs de cette période sont restés célèbres pour leurs commentaires ou leurs recettes : Olympiodore l'Alchimiste, qui est peut-être Olympiodore le Jeune (un recteur de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie, en 541) et Synésius, qui est peut-être Synésios de Cyrène, ami et disciple de la philosophe néoplatonicienne Hypatie. Olympiodore le Jeune, au , sur l'analogie planètes-métaux, donne un système de correspondances, qui sera classique en alchimie : or-Soleil, argent-Lune, plomb-Saturne, électrum-Jupiter, fer-Mars, cuivre-Vénus, étain-MercureOlympiodore d'Alexandrie le Jeune, Commentaire sur les 'Météorologiques' d'Aristote, édi. par Wilhelm Stüve : In Aristotelis 'Meteorologica' commentarii, coll. "Commentaria in Aristotelem Graeca" (CAG), t. XII, 1, Berlin, édi. par G. Reimer, 1900, III, 6, ..

    Premières techniques alchimiques


    Les alchimistes alexandrins utilisaient quatre types de techniques pour « produire » de l'or, techniques consignées dans des recettes :
    • la fabrication d'alliages semblables à de l'or, composés de cuivre, d'étain et de zinc (comme le laiton ou le moderne « or de Mannheim », alliage de cuivre et de zinc utilisé en bijouterie ;
    • l'altération de l'or, en lui incorporant du cuivre et de l'argent dont les teintes rougeâtres et verdâtres des alliages avec l'or se compensent, ne modifiant pas la coloration initiale. Les alchimistes interprétaient cela comme la transformation de l'argent et du cuivre initial par l'or agissant comme une semence ;
    • la dorure superficielle des métaux (les recettes parlent alors de teinture plutôt que de fabrication). Cela se faisait par trois méthodes : l'utilisation d'un vernis laque teinté, le traitement par des solutions pour former une couche de sulfures, et la corrosion en surface d'or altéré, pour ne laisser à l'extérieur qu'une couche d'or pur (l'agent corrosif étant probablement une sorte d'anhydride sulfurique obtenu par calcination de sulfates de fer et de cuivre) ;
    • l'utilisation de substances volatiles dans des processus de distillation et de sublimation, permettant d'extraire l'« esprit » d'un corps et de l'y réintroduire.

    Alchimie byzantine.

    L’alchimie byzantine, très active à Alexandrie, regroupe les écrits et les pratiques métallurgiques de la dernière période gréco-égyptienne de l’alchimie. Elle recoupe une série de théories, de méthodes et de recettes concernant la coloration des métaux et la fabrication d’alliages. Bien que l’alchimie byzantine cherche entre autres à faire passer les métaux de valeur moindre pour des métaux plus riches, elle ne se limite pas exclusivement à cette fin. Elle hérite d’un ensemble de théories concernant la matière provenant des philosophies platoniciennes, aristotéliciennes, néoplatoniciennes et gnostiques, et qui proposent des buts purement spirituels et régénératifs. Elle s’inscrit aussi dans le monde militaire byzantin via des recherches liées à la production d’armes à feu que l’on reconnaît dans la fabrication et l’utilisation du feu grégeois.

    Passage de l’alchimie gréco-égyptienne vers les Byzantins

    Il est largement accepté que l’alchimie à Byzance est une directe descendante de l’alchimie gréco-égyptienne qui semble prendre son origine dans plusieurs facteurs. D’abord dans les pratiques égyptiennes d'orfèvrerie qui, dans le but de s’arroger les moyens de fabriquer artificiellement de l’or, ou encore de tout simplement simuler le précieux métal, expérimentent déjà avec les différents alliages et les colorations métalliques.Maria Papathanassiou, “The Occult Sciences in Byzantium”, Brill’s Companions to the Byzantine World volume 6 : A Companion to Byzantine Science, Leiden-Boston, Brill, 2020, p.487 Ensuite dans la théorie ancienne qui postule l’unité de la matière et la nature composée des métaux, où toute substance est ultimement composée à partir d’une materia prima qui prend ses spécificités par la présence de différentes qualités qui lui sont imposées. Les métaux, composés de ces qualités, pourraient être transmutés par la simple variation des proportions des éléments qui les constituentMaria Papathanassiou, “The Occult Sciences in Byzantium”, Brill’s Companions to the Byzantine World volume 6 : A Companion to Byzantine Science, Leiden-Boston, Brill, 2020, p.490.. À ceci s’ajoute l’idée que pratique et technique doivent être opérées par l’imitation de la nature : la nature est l’athanor de la création divine, et l’alchimiste, par ses travaux, parachève la nature en imitant ses moyens. Cette concordance obligatoire entre les travaux de l’alchimiste et ce qu’il observe s’opérer dans le monde extérieur dérive de la doctrine universelle des sympathies qui postule que tous les éléments du cosmos sont connectés par des liens occultes ; la qualité de ces liens qui relient une chose à une autre par force d’analogie est déterminée par la sympathie ou l’antipathie qu’elles éprouvent l’une pour l’autreMichèle Mertens, “Graeco-Egyptian Alchemy in Byzantium”, The Occult Sciences in Byzantium, Genève, La Pomme d’or, 2006, p.206..
    alt=Collectionné et traduite par Marcelin Berthelot en 1888.vignetteCollection des anciens alchimistes grecs.

    = Corpus alchimique grec. =


    L’alchimie a été connue des byzantins à travers un corps de texte que l’historiographie nomme la collection alchimique grecqueMichèle Mertens, “Graeco-Egyptian Alchemy in Byzantium”, The Occult Sciences in Byzantium, Genève, La Pomme d’or, 2006, p.207.. Elle a étée transmise à travers quelques manuscrits médiévaux, tous écrits en Grec : MS Marcianus graecus 299 (fin du ), MS Parisinus graecus 2325 ( ), Bibliotheca Apostolica Vaticana 1174 (entre les  ) et MS Parisinus graecus 2327 (copié en 1478)Maria Papathanassiou, “The Occult Sciences in Byzantium”, Brill’s Companions to the Byzantine World volume 6 : A Companion to Byzantine Science, Leiden-Boston, Brill, 2020, p.486.. Ils furent apportés en France au , par François Ier, qui à l’époque faisait acheter de grandes quantités de livres en Grèce et en OrientMarcelin Berthelot, Les origines de l’alchimie, Paris, Georges Steinheil, 1885, p.95.. Marcellin BerthelotMarcelin Berthelot en fit une traduction française partielle en 1888Marcelin Berthelot, Collection des anciens alchimistes grecs, en trois tomes, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1887-88..
    Par cette collection, les byzantins ont eu accès aux écrits du pseudo-Démocrite par son texte nommé Physica et Mystica, mais surtout à ceux de Zosime de Panopolis, dont ils regardaient les écrits avec une très haute estime. Le corpus contient aussi des auteurs proprement byzantin tels que Synésios de Cyrène, Olympiodore l’alchimiste, Stephanos d’Alexandrie, le Chrétien ainsi que le Philosophe anonyme.
    Selon Jacques Sadoul, comme il est difficile de remonter plus loin que les manuscrits grecs, Byzance doit donc être considéré comme un des berceaux des pratiques métallurgiques.Jacques Sadoul, Le trésor des alchimistes, Évreux, Éditions Publications Premières, 1970, p.22.

    = L’héritage de Zosime de Panopolis. =


    Zosime est le premier alchimiste dont nous avons quelconque détail biographiques. C’est particulièrement à travers le corpus alchimique grec, collectionné par les byzantins, qu’il est connuKyle A. Fraser, “Baptised in Gnosis : The Spiritual Alchemy of Zosimos of Panopolis”, Dionysius, Vol. XXV, 2007, p3..
    Penseur particulièrement éclectique. Il transmet entre autres des techniques qu’il attribue au Pseudo-Démocrite et à Marie la Juive, comme l’usage du bain-marie, dont le nom lui est resté. Il est le premier à élaborer une interprétation spirituelle et cosmologique des pratiques alchimiques. Pour Zosime, le but final de la science hermétique est de spiritualiser la matière ; c’est-à-dire de transformer, à l’aide de diverses techniques, la matière physique en matière spirituelle. Il associe cette transformation à une régénération solaire dont le symbolisme de l’or se retrouve au centreKyle A. Fraser, “Baptised in Gnosis : The Spiritual Alchemy of Zosimos of Panopolis”, Dionysius, Vol. XXV, 2007, p4.. Cette vision du travail des métaux se retrouve au premier plan des croyances alchimiques tout au long du Moyen Âge et au-delà. Elle favorisera aussi sa rencontre avec la symbolique du sacrifice christique en établissant un parallèle entre la transmutation du physique vers le spirituel et le mystère de la transsubstantiation eucharistiqueMichel Noize, “Le Grand Oeuvre, liturgie de l’alchimie chrétienne”, Revue de l’histoire des religions, tome 186, 1974, p.154.. Les chrétiens n’ont-ils pas imaginé la Cène comme un acte de communion ou la substance du pain et du vin est radicalement modifiée par l’effet de l’action rituéliqueJack Lindsay, The Origins of Alchemy in Graeco-Roman Egypt, New-York, Barnes & Nobles, 1970, p.359. ? L’alchimie et l’Église chrétienne entretiennent toutes deux l’idée de la transmutation d’un élément en un autre, la première par le Grand œuvre et la seconde par la célébration de la MesseJack Lindsay, Byzantium into Europe, London, The Bodley Head, 1952, p.222..
    vignetteNomisma d'or byzantin.

    = Alliages et imitations. =


    Malgré l’autorité que prêtent les Byzantins à Zosime, ses textes sont manifestement moins étudiés pour leurs perspectives transcendantales et mystiques que pour leurs aspects pratiques. La majorité des textes de la collection byzantine étale de nombreuses recettes concernant la coloration des métaux et la fabrication des alliages. Il faut donc en conclure qu’en dehors d’une certaine minorité, l’aspect spirituel de l’alchimie est beaucoup moins recherché que son aspect purement matérialiste. En effet, à Byzance, la production et le travail de l’or revêtent une importance à la fois politique et commerciale. La frappe des métaux pour la production des devises monétaires est une des spécialités de l’Empire et ce dernier n’hésite pas à employer des imitations sous forme d’alliage dans ce domainePaul T. Keyser, “Greco-Roman Alchemy and Coins of Imitation Silver”, American Journal of Numismatics, Vol.7-8, 1995-96 p.210.. Dès le , l’empereur Constantin entreprend une réforme monétaire qui voit l’apparition d’une nouvelle pièce de monnaie en or quasiment pur, le Nomisma. Cette dernière prime dès lors dans les échanges internationaux et ce, jusqu’à ce qu’elle souffre d’une profonde dévaluation au cours du Michel Kaplan, Byzance, Paris, Les Belles Lettres, 2007, p.128.. Il est probable que la position avantageuse d’être un régularisateur des échanges commerciaux à travers l’Orient et l’Occident encouragea l’Empire byzantin à s’intéresser aux méthodes supposées de productions artificielles de l’argent et de l’or.

    = Autres productions. =


    Il se trouve dans les textes plusieurs recettes qui ne concernent pas directement le travail des métaux mais qui portent avec elles une grande importance pour le monde byzantin. Ainsi sont conservées plusieurs recettes pour faire de la chauxMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.269 à 273. ; matériau essentiel dans le raffinement des métaux mais aussi largement utilisé entre autres dans le domaine de la construction (fabrication du mortier), dans la fabrication des fresques et pour fertiliser les terres.Arnaud Coutelas, Pétroarchéologie du mortier de chaux gallo-romain, Thèse de doctorat, Université de Paris I, U.F.R. Histoire de l’art et archéologie, 2003, p.9.
    vignettePigment.
    Une autre matière de premier plan pour les byzantins, fabriquée par les alchimistes, ou à tout le moins dont le secret de la confection fût conservé par eux, est le pigment de cinabreMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.367.. Celui-ci entrait dans la fabrication de l’encre de couleur pourpre, essentielle au système bureaucratique de l’Empire byzantin pour permettre d’authentifier les actes de la chancellerie. La signature impériale, toujours autographe, était réalisée à l’encre de cinabre dont seul l’Empereur pouvait en faire usageNicolas Oikonomidès, “La chancellerie impériale de Byzance du 13ème au 15ème siècle”, Revue des études byzantines, tome 43, Paris, Institut français d’études byzantines, 1985, p.183.. La couleur rougeâtre du cinabre était associée au pourpre impériale d’où dérive un des titres que porte l’Empereur : le Porphyrogénète du grec ancien porphýra, signifiant pourpre.
    La fabrication des bières était aussi incluse dans le corpus de connaissance alchimique byzantineMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.356., et ceci probablement due au fait que les alchimistes eux-mêmes voyaient l’œuvre alchimique comme le résultat d’une action en tout point similaire à la fermentation :
    Les Philosophes recommandent très-souvent de fermenter la matière ; mais ils n’entendent pas toujours la même chose. Quelques fois ils parlent de la fermentation pour la confection de l’élixir, et quelques fois de la continuation du régime pour passer d’une couleur à une autre ;Dom Antoine-Joseph Pernety, Dictionnaire Mytho-Hermétique, Paris, Chez Bauche, 1758, p.156.
    -Dom Antoine-Joseph Pernety, Dictionnaire Mytho-Hermétique concernant la fermentation.
    Outre les produits précédemment mentionnés la collection alchimique contient : un traité sur la fabrication des verres, un autre encore concernant la coloration des pierres précieuses telles que les émeraudes, les escarboucles et les améthystes.Marcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, pp.333-334. Quelques recettes montrent comment créer des “perles” et comment les traiterMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, pp.349-352.. On y trouve aussi une recette pour la confection de la lessive et du savon, de la colle et des teintures pour la laineMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, pp.357 et 630..

    Les vieux auteurs.

    = Olympiodore l’Alchimiste. =


    Identifié à tort au philosophe et historien Olympiodore de Thèbes, celui que l’on reconnaît comme étant Olympiodore d’Alexandrie, ou encore Olympiodore l’alchimiste, est un philosophe alexandrin et néoplatonicien. Il serait né aux alentours de 500 et décédé après 564The Oxford Dictionary of Byzantium, New York - Oxford, Oxford University Press, 1991, p.1524.. On lui attribue l’écriture d’un commentaire sur le livre “Sur l’action” de Zosime, et d’une manière plus générale, sur les textes attribués à Hermès TrismégisteMarcelin Berthelot, Collection des anciens alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil, Éditeur, 1887, tome I, p.75.. Cette attribution est néanmoins questionnée et est perçue par certains comme peu probableThe Oxford Dictionary of Byzantium, New York - Oxford, Oxford University Press, 1991, p.1524..

    = Pelagios le Philosophe. =


    Un certain Pelagios le Philosophe, auquel on attribue l’écriture d’un traité alchimique nommé Sur l’art divin et sacré. Il est possible que le nom de Pelagios fasse référence à Pélagius, un moine breton hérétique ayant terminé sa vie en Égypte, mais il est peu probable que le texte soit réellement de sa main.

    = Jean l’Archiprêtre. =


    Jean l’Archiprêtre en Évagie est un autre auteur présent dans la collection alchimique byzantine dont il est difficile de retrouver quelconques informations. Il ne semble être que mentionné comme auteur du traité Sur l’art divinMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.252..

    = Stephanos d’Alexandrie. =


    Stephanos d’Alexandrie est un professeur public et philosophe ayant vécu sous l’Empereur Héraclius au . Il enseigne les écrits de Platon et d’Aristote et se spécialisait dans les sujets du quadrivium. On lui connaît des commentaires sur Platon et sur Aristote ainsi que des travaux de natures astronomiques, astrologiques, médicales et alchimiques.Maria Papathanassiou, “Stephanos of Alexandria : A Famous Byzantine Scholar, Alchemist and Astrologer”,  The Occult Sciences in Byzantium, Genève, La Pomme d’or, 2006, p.163. En ce qui concerne ses travaux alchimiques, il légua un important traité qui n’a pas été inclus dans la collection des alchimistes grecs de Marcelin Berthelot. Le texte se trouve imprimé dans sa version grecque dans le Physici et Medici Graeci Minores de Julius Ludwig IdelerIulius Ludovicus Ideler, Physici et medici graeci minores, 2 volumes, Berlin, Reimeri, 1841. et se nomme Sur le grand art sacré de faire de l’orF. Sherwood Taylor, “The Alchemical Works of Stephanos of Alexandria”, Ambix, the Journal of the Society for the study of alchemy and early chemistry, Londres, 1937, Volume 1, Number 2..

    Les commentateurs.

    vignetteSynésios de Cyrène.

    = Synésios de Cyrène. =


    Un certain alchimiste du nom de Synésios (ou encore Synésius), est depuis longtemps associé à Synésios de Cyrène. Le rapprochement est déjà pleinement assumé chez Lenglet du Fresnoy en 1744Lenglet du Fresnoy, Histoire de la philosophie hermétique, Paris, Chez Nyon le père, 1744, tome I, p.40.. Le texte alchimique lui étant attribué porte le nom de Sur l’oeuvre des Philosophes et on le retrouve en traduction française dans la Bibliothèque des Philosophes ChymiquesJ.M.D.R., Bibliothèque des Philosophes Chymiques, Paris, André Cailleau, 1740, tome II,  p.175..
    Synésios de Cyrène serait né vers 370, à Cyrène, et serait décédé à Ptolémaïs aux alentours de 413. Il étudie la philosophie à Alexandrie et se situe dans le courant néoplatonicien. Il visite rapidement Athènes et se rend ensuite à Constantinople de 399 à 402. Il se convertit ensuite en mariant une femme chrétienne avec laquelle il aura trois fils. Il retourne enfin à Ptolémaïs, sur invitation, pour en devenir l’évêque en 411The Oxford Dictionary of Byzantium, New York - Oxford, Oxford University Press, 1991, p.1993..

    = Le Chrétien et le Philosophe anonyme. =


    Deux commentateurs byzantins majeurs et tous deux anonymes se retrouvent dans le la collection alchimique grecque : le Chrétien (Philosophus Christianus), dont lui est attribué un traité de douze chapitres nommé Sur la constitution de l’orMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.382. ; et le philosophe anonyme, auteur de trois courts textes : Sur l’eau divine du blanchiment, Sur la pratique de la Chrysopée et La musique et la chimieMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.398..

    = Cosmas. =


    Cosmas est un autre alchimiste byzantin dont les informations à son compte manquent. Selon le titre de son ouvrage, Explication de la science de la Chrysopée par le saint moine CosmasMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.416., il proviendrait du monde monastique mais il ne nous indique aucunement à quel monastère il se rattache. Selon F. Sherwood Taylor, la rédaction du texte doit être située aux alentours de l’an mil dû à l’usage que celui-ci fait de certains termes barbares.F. Sherwood Taylor, “A Survey of Greek Alchemy”, The Journal of Hellenic Studies, Londres, The Society for the Promotion of Hellenic Studies, 1930, Volume 50, Part 1, p.122.

    = Nicéphore Blemmydès. =


    Un autre texte du corpus alchimique grec est attribué à l’auteur constantinopolitain Nicéphore Blemmydès. Après la conquête de Constantinople, en 1204, il se réfugie en Bithynie où il suit de longues études dans l’ensemble des domaines de connaissances prisées de son époque. En 1234 il est à la fois ordonné prêtre et fait son entrée dans la vie monastique. À sa mort il laisse une œuvre imposante, à la mesure de la légende faisant de lui l’un des hommes les plus savants de son temps.The Oxford Dictionary of Byzantium, New York - Oxford, Oxford University Press, 1991, p.296. Le traité alchimique portant son nom se nomme : La ChrysopéeMarcelin Berthelot, Collection des alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil Éditeur, 1888, tome III, p.423..
    D’autres auteurs et commentateurs alchimiques mineurs ont légué des textes à travers la Collection alchimique grecque. La plupart d’entre eux sont anonymes et ne portent aucuns noms pouvant nous aider à les identifier. Pour ceux qui le mentionnent il y a : Héliodore, Theophrastos, Hierotheos, Archelaos.

    Feux grégeois et militarisation de l’alchimie.

    vignetteFeu grégeois.
    L’alchimie intéressait les élites pour les perspectives de richesses qu’elle leur faisait miroiter certes, mais aussi pour des raisons de pouvoir militaire. En tout point les byzantins sont les héritiers des techniques militaires propres à la civilisation gréco-romaineThomas Salmon, “The Byzantine Science of Warfare : from Treatises to Battlefield”, Brill’s Companions to the Byzantine World volume 6 : A Companion to Byzantine Science, Leiden-Boston, Brill, 2020, p.429. mais ils n’hésitent pas à utiliser les recherches alchimiques pour mettre en place de nouvelles armes de guerre.
    vignetteSiphon.
    Très peu est connu de ce que l’on appelle le feu Grégeois, mais son invention place sans aucun doute les Byzantins à l’avant-plan dans l’invention des armes à feu qu’on attribuait jusqu’alors aux Chinois.Ferdinand Hoefer, Histoire de la chimie depuis les temps les plus reculés, Paris, Librairie de Firmin Didot Frères et Cie, 1866, tome I, p.301. L’appareil était particulièrement utilisé sur les bateauxThomas Salmon, “The Byzantine Science of Warfare : from Treatises to Battlefield”, Brill’s Companions to the Byzantine World volume 6 : A Companion to Byzantine Science, Leiden-Boston, Brill, 2020, p.445., comme c’est le cas pour repousser les invasions arabes, à deux reprises, lorsqu’ils assiègent Constantinople. Jean Skylitzès nous en donne un exemple illustré dans sa Chronique dont le manuscrit est conservé à Madrid. Nous savons qu’il était aussi utilisé lors des sièges et qu’il était parfois manié à l’aide d’un appareil portable nommé SiphonThomas Salmon, “The Byzantine Science of Warfare : from Treatises to Battlefield”, Brill’s Companions to the Byzantine World volume 6 : A Companion to Byzantine Science, Leiden-Boston, Brill, 2020, p.446.. L’aspect moderne d’une telle arme, malgré l’époque reculée à laquelle elle appartient, rappelle sans nul doute certaines technologies contemporaines telles que le lance flammesCodex Vaticanus Graecus 1605, p.36 recto. ou encore le napalmIoannes Scylitza, Synopsis historiarum, Vitr. 26-2, p. 34 verso..
    Il est possible que l’invention du feu Grégeois, ainsi que son secret si bien gardé, soit conséquent avec la situation précaire de la défense du territoire à laquelle l’Empire byzantin doit faire face. Celui-ci est constamment menacé, de sa création jusqu’à sa chute, par diverses forces militaires qui ne cessent de vouloir le prendre d’assaut : c’est le cas des Perses qui seront suivis par les Arabes à l’est, les Avares au sud menacent les territoires en Afrique, les Bulgares à l’ouest et plus tard les chrétiens d’Occident avec les croisades. La possession d’une arme aussi impressionnante que le feu Grégeois est un net avantage dans une situation aussi hostile.
    Bien que les techniques complètes derrière le feu Grégeois ont été perdues, il reste tout de même quelques bribes de recettes dans un traité nommé le Liber Ignium de Marcus Graecus (Le livre des feux), conservé dans le manuscrit latin intitulé Varii tractatus de alchimiaFerdinand Hoefer, Histoire de la chimie depuis les temps les plus reculés, Paris, Librairie de Firmin Didot Frères et Cie, 1866, tome I, p.304.. Une version latine imprimée fût publiée en 1804Liber Ignium ad comburendos hostes auctore Marco Graeco; ou Traité des feux propres à détruire les ennemis, composé par Marcus le grec, Paris, Delance et Lesueur, 1804. et Ferdinand Hoefer en donne une traduction française dans son Histoire de la chimie depuis les temps les plus reculés en 1866Ferdinand Hoefer, Histoire de la chimie depuis les temps les plus reculés, Paris, Librairie de Firmin Didot Frères et Cie, 1866, tome I, p.305..

    La situation de l’alchimie dans l’Empire byzantin.


    vignetteL'empereur Dioclétien passe un décret qui rend l'alchimie illégale à travers l'Empire.
    L’intérêt que les Byzantins portent à l’alchimie est évident et se démontre en premier lieu dans leur désir de collectionner les écrits grecs anciens, en un deuxième temps dans l’écriture de commentaires, et finalement dans la production d’écrits originauxMichèle Mertens, “Graeco-Egyptian Alchemy in Byzantium”, The Occult Sciences in Byzantium, Genève, La Pomme d’or, 2006, p.229.. Malgré les rapprochements éventuels qui seront opérés entre les théories alchimiques et le dogme chrétien, l’alchimie qui fleurit à Byzance est essentiellement de nature païenne par ses aspects gnostiques et néoplatoniciensMarcelin Berthelot, Les origines de l’alchimie, Paris, Georges Steinheil, 1885, p.99..
    Cette situation est d’autant plus intéressante lorsque l’on tient compte qu’officiellement, l’alchimie est une activité illégale à l’intérieur des frontières byzantines, et ce depuis que Dioclétien, en 297, publie un édit la condamnant et ordonne de brûler les livres des anciens égyptiens qui traitent de la fabrication de l’argent et de l’orJulien Ries, “Sotériologie manichéen et paganisme romain”, Études préliminaires aux religions orientales dans l’Empire romain, Leiden, E.J. Brill, 1982, p.764.. Ce statut d’illégalité explique peut-être pourquoi la quasi-totalité des alchimistes byzantins semblent être cantonnés dans les frontières de l’Empire et proviennent plus particulièrement d’Alexandrie en Égypte. Cela pourrait aussi être en cause dans le fait que la majorité des écrits alchimiques sont anonymes ou pseudépigraphes.
    vignetteMichel Psellos.
    Malgré cet interdit qui semble flotter au-dessus de l’alchimie byzantine, la transmission de celle-ci ne se limite pas seulement à quelques cercles d’adeptes. Joseph Bidez montre qu’elle jouit en effet d’une diffusion relative dans les élites en évoquant la lettre que le moine et écrivain du , Michel Psellos, adresse au patriarche Michel CérulaireJoseph Bidez, “Michel Psellus, Épître sur la Chrysopée, opuscules et extraits sur l’alchimie, la météorologie et la démonologie”, Catalogue des manuscrits alchimiques grecs, Bruxelles, Lamertin, 1928, tome VI.. Celle-ci traite de certains points concernant l’alchimie, l’astrologie et la démonologie dont le patriarche est curieux de s’enquérir. Cette épître sera suffisante pour que bien plus tard, certains considèrent Michel Psellos comme étant lui-même un alchimiste d’autorité. On retrouve d’ailleurs un sceau contenant son nom dans la collection latine de textes alchimiques Bibliotheca Chemica Curiosa de Manget imprimées en 1702Jean-Jacques Manget, Bibliotheca Chemica Curiosa, Genève, Coloniae Allobrogum, 1702, tome II, p.896, fig. 17..
    Il est aussi intéressant de remarquer que malgré le fond résolument païen de l’alchimie à cette époque, l’ensemble des alchimistes byzantins sont essentiellement chrétiens et que l’art sacré semble jouir d’un certain essor dans le milieu monastique grâce à des auteurs comme Cosmas, Michel Psellos et Nicéphore BlemmydèsMarcelin Berthelot, Les origines de l’alchimie, Paris, Georges Steinheil, 1885, pp.99 et 101..

    Alchimie en terre d'Islam


    L'alchimie arabe naît en 685 quand, selon la légende, le prince Khâlid ibn al-Yazîd commande au moine Marianus (ou Morienus), élève de l'alchimiste Étienne d'Alexandrie (vers 620), la traduction en arabe de textes alchimiques grecs ou coptesThe Revelation of Morienus to Khalid ibn Yazid, édi. par L. Stavenhagen, New Hampshire, 1974. Ed. Ahmad Y. al-Hassan, The Arabic original of Liber de Compositione Alchemiæ. The Epistle of Maryânus, the Hermit and Philosopher, to Prince Khâlid ibn Yazîd, Arabic Sciences and Philosophy, 14 (2004), ..
    Au VIII- apparaît le Corpus Jabirianum, attribué à Jâbir ibn HayyânPierre Lory, Dix traités d'alchimie de Jâbir ibn Hayyân. Les dix premiers Traités du Livre des Soixante-dix, Paris, Sindbad, 1983, rééd. avec mise à jour, Actes-Sud, 1996. Julius Ruska, Arabische Alchemisten, t. II : Ga'far Alsadîq, Heildelberg, 1924. Paul Kraus, Jâbir ibn Hayyân. Contribution à l'histoire des idées scientifiques dans l'Islam, Le Caire, Mémoires présentés à l'Institut d'Égypte, 1942-1943, .. Jâbir ibn Hayyân, dit Geber (vers 770), pose comme première triade celle du corps, de l'âme et de l'esprit. Il insiste sur l'élixir comme remède et panacée, et l'élixir n'est pas seulement minéral. Geber pose aussi un septénaire, celui des sept métaux : or (Soleil), argent (Lune), cuivre (Vénus), étain (Jupiter), plomb (Saturne), fer (Mars), vif-argent (Mercure) ; un autre septénaire, celui des opérations : sublimation, distillation ascendante ou descendante (filtration), coupellation, incinération, fusion, bain-Marie, bain de sable. L’argyropée est une étape, non une chute : elle s’intègre dans l’œuvre. Les quatre éléments et les quatre qualités élémentaires sont autonomes. Dans toute substance des trois règnes il est possible d’augmenter, de diminuer la proportion, voire de faire disparaître le chaud, le froid, etc. et ainsi d'obtenir une tout autre substance.
    On attribue à Geber la découverte de l'acide nitrique, obtenu en chauffant du salpêtre KNO3 en présence de sulfate de cuivre (CuSO4⋅5H2O) et d'alun (KAl(SO4)2⋅12H2O), et de l'acide sulfurique (le vitriol), et l'eau régale. Il a également isolé l'antimoine et l'arsenic de leurs sulfures (stibine et orpiment/réalgar).
    Un certain nombre de traités arabes médiévaux de magie, d’astrologie ou d’alchimie sont attribués à Balînâs Tûwânî (Apollonius de Tyane). Au (vers 825)U. Weisser, Das Buch über das Geheimnis der Schöpfung, von Pseudo-Apollonios von Tyana, Berlin/ New York, 1980., en lien avec ce mage pythagoricien, le Livre du secret de la Création. Kitâb sirr al-Khaleqa donne en arabe le texte de la Table d’émeraude, qui joue un rôle essentiel dans la tradition hermético-alchimique.
    Râzî (860-923), appelé Rhazès en Occident, a laissé un Livre des secrets. Kitâb al-asrâr de grande influence.
    L'encyclopédie des Frères de la pureté (Ikhwân as-Safâ, 963) contient une section sur l'alchimieL'alchimie et ses racines philosophiques, par Cristina Viano et de Yves Marquet, page 189, Ed. VrinP, aris, 2005.
    Le philosophe Algazel (Al-Ghazâlî 1058-1111) parle d'une alchimie de la félicité (kimiyâ es-saddah). Mais il est plutôt opposé à la pratique alchimique.

    Alchimie durant le Moyen Âge

    Traductions et influence de l'alchimie arabe

    Fichier:Al-RaziInGerardusCremonensis1250.JPGvignetteAl-Razi, dans le Recueil des traités de médecine de Gérard de Crémone (1250-1260).
    L'alchimie arabe, qui connaît son apogée entre le et le , va largement et rapidement se diffuser dans l'Occident chrétien sous la forme de traductions latines à partir du milieu du Antoine Calvet, Alchimie - Occident médiéval, in Dictionnaire critique de l'ésotérisme, sous la dir. de Jean Servier, PUF, 1998. L'une des tout premières est le Morienus : Robert de Chester, en 1144, traduit en latin un livre arabe de Morienus Romanus, le Liber de compositione alchemiae quem edidit Morienus RomanusE. J. Holmyard, L'alchimie (1957), trad., Arthaud, 1979, . Robert Halleux, « La réception de l'alchimie arabe en Occident », in R. Roshdi (dir.), Histoire des sciences arabes, t. III, Seuil, 1998. Les entretiens du roi Calid et du philosophe Morien (De compositione alchemiae, quem edidit Morienus Romanus Calid regi Aegyptiorum). Richard Lemay, "L'authenticité de la Préface de Robert de Chester à sa traduction du Morienus (1144)", Chrysopoeia, Archè, t. IV, 1991. qui dit : « Puisque votre monde latin ignore encore ce qu'est Alchymia et ce qu'est sa composition, je l'expliquerai dans ce livre. Alchymia est une substance corporelle composée d'une chose unique, ou due à une chose unique, rendue plus précieuse par la conjonction de la proximité et de l'effet ». Vers la même époque Hugues de Santalla traduit le Livre du secret de la création attribué à Balinous (le nom arabe d'Apollonios de Tyane qui comprend la première version latine de la Table d'émeraude). Et le franciscain Gérard de Crémone (~1114-~1187) traduit le Liber divinitatis de septuaginta (Livre des septantes) de Jabir Ibn Hayyan (dont la plupart des textes qui lui seront ensuite attribués sont des créations latines) et des textes faussement attribués à Rhazès.
    Le passage du Kitâb al-Shifâ’ (vers 1020), dans lequel Avicenne (Ibn Sīnā) s'oppose à l'alchimie, est traduit en latin sous le titre De congelatione et conglutinatione lapidum (De la congélation et de la conglutination de la pierre), par Alfred de Sareshel vers 1190. Mis en annexe du livre IV des Météorologiques, dans lequel Aristote discute de la nature et de la formation des métaux, il sera attribué à ce dernier et influencera tant les alchimistes que leurs opposantsAvicenne, De congelatione et conglutinatione lapidum De la congélation et de la conglutination de la pierre, texte arabe et traduction latine par E. J. Holmyard et D. C. Mandeville, Paris, Paul Geuthner, 1927. Georges Anawati, "Avicenne et l'alchimie", Oriente e Occidente nel Meioevo, Rome, 1971, .. L’or est fait de Mercure et de Soufre combinés sous l’influence du Soleil. Une phrase célèbre retient les esprits :
    « Que les alchimistes sachent qu’ils ne peuvent transmuter les espèces métalliques. Sciant artifices alchemiae species metallorum transmutari ».

    Cette vague de traductions se poursuit au et de nombreux textes arabes sont mis sous le nom d'autorités antiques, philosophes comme Socrate et PlatonEuthydème, 289a, où l'alchimie est évoquée, Aristote, Galien, Zosime de Panopolis (latinisé en Rosinus, et lui effectivement alchimiste), ou figures mythiques comme Hermès Trismégiste, Apollonios de Tyane, Cléopâtre.
    Avec ce corpus traduit de l'arabe, outre un certain nombre de termes techniques comme alambic ou athanor, l'alchimie latine va hériter de ses principales thématiques et problématiques : l'idée que les métaux se forment sous la Terre sous l'influence des planètes à partir de soufre et de mercure, et que l'alchimie vise à reproduire, accélérer ou parfaire ce processus ; l'analogie entre alchimie et médecine, sous la forme de l'élixir la question de la diffusion ou du secret de la connaissance alchimique.
    Plusieurs traditions sont représentées dans ces textes : des traités pratiques et clairs, parmi lesquels ceux issus de l'école de Geber et de Rhazès, et le De anima in arte alchemia attribué à Avicenne, qui reflètent une véritable recherche expérimentale, des traités de recettes reprenant la forme du Secretum Secretorum (attribué à Rhazès et traduit par Philippe de Tripoli vers 1243, et des textes allégoriques dont le Morienus, la Turba philosophorum et la Tabula Chemica de Senior Zadith (Ibn Umail). Le Pseudo-Geber (Paul de Tarente, auteur de La somme de perfection. Summa perfectionis, 1260)Geber (Pseudo-Geber), La somme de perfection, Éditions Castelli, 2007. William R. Newman, The Summa Perfectionis of Pseudo-Geber. A Critical Edition, Translation and Study, Leyde : E. J. Brill, 1991, Collection de travaux de l'Académie Internationale d'Histoire des Sciences, 35). William R. Newman, "L'influence de la Summa Perfectionis du Pseudo-Geber", in Jean-Claude Margolin et Sylvain Matton (éd.), Alchimie et philosophie à la Renaissance, ., le Pseudo-Arnaud de Villeneuve (Rosarius, av. 1332), Gérard Dorn (Clavis totius philosophiae chymisticae, 1566) reprendront l'idée de mêler pratique et allégorie.

    Alchimie médiévale latine

    Vers 1210, le savant Michael Scot écrit plusieurs traités alchimiques : Ars alchemiaeMichael Scot, Ars alchemiae, éd. par S. Harrison Thomson, Osiris, 5 (1938), ., Lumen luminum. Il est le premier à évoquer les vertus médicales de l’or potable ; Roger Bacon (Opus majus, 1266 ; Opus tertium, 1270), le Pseudo-Arnaud de Villeneuve (Tractatus parabolicus, vers 1330), le paracelsien Gérard Dorn (De Thesauro thesaurorum omnium, 1584) poursuivront dans ce sens.
    Vers 1250, Albert le Grand admet la transmutation, il établit l’analogie entre la formation du fœtus et la génération des pierres et métauxAlbert le Grand, De mineralibus (1256), livre III ; trad. par Michel Angel : Le monde minéral, Cerf, 1995, 448 p.). Il défend la théorie du soufre et du mercure. Il est sans doute l'auteur de AlkimiaAlbert le Grand, Alkimia (commençant par Calistenus unus) : P. Kibre, An alchemical Tract attributed to Albertus Magnus, Isis, 35 (1944), , avec le texte. ou de Alkimia minorAlbert le Grand (?), Alkimia minor, Saint Catherine Press, 1949, 300 p., mais pas des autres traités, tels que Semita recta, ou Le composé des composés. Compositum de compositis. Thomas d'Aquin n'est pas alchimiste, quoiqu'on lui attribue le magnifique L'aurore à son lever (Aurora consurgens), qui présente l'alchimie comme une quête de régénération spirituelle, intérieurePseudo-Thomas d'Aquin, Aurora consurgens (1320), trad. Bernard Gorceix, Arma Artis, 2004., qui date de 1320Aurora consurgens - Artis Auriferae - alchimie.
    Roger Bacon s'est intéressé à l'alchimie dans son Opus minus (1267)Roger Bacon, Opera quaedam hactenus inedita, édi. par J. S. Brewer, Londres, éd. Longman, 1859, rééd. New York 1964, , 375-387, rééd. New York 1964., dans son Opus tertium , dans son commentaire au Secret des secrets (1275-1280) qu'il croit à tort d'Aristote ; mais Le miroir d'alchimie (Speculum alchimiae)miroir d'alchimie date du s. : il est d'un Pseudo-Roger Bacon. Roger Bacon (Opus majus, 1266) soutient que la médecine des métaux prolonge la vie et que l’alchimie, science pratique, justifie les sciences théoriques (et non plus l’inverse) : le premier, il voit le côté double (spéculatif et opératoire) de l'alchimie.
    Pour le Pseudo-Roger Baconmiroir d'alchimie Pseudo-Roger Bacon, Le miroir d’alchimie (Speculum alchemiae) ( s.), I, 2, trad., Milan, Archè, 1974. :
    Les deux principes ou Substances étaient le Soufre et le Mercure, un troisième s'ajoute dès la Somme de la perfection (Summa perfectionis) (1260) : l'Arsenic. L'ouvrage est attribué à l'Arabe Geber (Jâbir ibn Hayyân), mais il est du Pseudo-Geber, ou Geber latin, Paul de Tarente.
    Les auteurs les plus caractéristiques sont Arnaud de Villeneuve (1245-1313), Denis Zachaire, le Pseudo-Lulle (début du )Ouvrages du Pseudo-Lulle (déb. du s. ?) : Testament (Testamentum) (1332), Codicille (Codicillum), Des secrets de la nature ou de la quinte essence (De secretis naturae seu de quinta essentia), Lapidaire. L'authentique Raymond Lulle (1235-1316) est hostile à l'alchimie. Voir Michela Pereira, The Alchemical Corpus attributed to Raymond Lull, The Warburg Institute, 1989., le chanoine George RipleyGeorge Ripley, The Compound of Alchymie (1471), trad. : Les douze portes d'alchimie, Paris, Maisnie/Trédaniel, coll. "Œuvres chymiques", 1990, 144 p., le prétendu Bernard le TrévisanBernard de Trévise, La parole délaissée (vers 1500), in Nouvelle assemblée des Philosophes chymiques, Dervy, 1954..
    L'année 1330 est la date de La nouvelle perle précieuse (Pretiosa margarita novella), de Petrus Bonus, qui est un discours théologique. L'auteur distingue recherche scientifique et illumination divine. Il est le premier à faire une lecture alchimique des grands mythes antiques, comme la Toison d’or, Pan, les métamorphoses d'Ovide, Virgile, etc. ; il sera suivi par Augurelli, Pic de la Mirandole, Giovanni Bracesco + 1555, Dom Pernéty. Petrus Bonus soutient la théorie du mercure seul. Le premier, il compare la pierre philosophale au Christ : si le processus du Grand Œuvre correspond à la vie humaine (conception, gestation, naissance, croissance, mort), il correspond aussi aux mystères de la religion chrétienne (incarnation et passion du Christ, Jugement dernier, mystère de la Sainte-Trinité, etc.)Petrus Bonus, Pretiosa margarita novella (1330), in J. Lacinius Pretiosa margarita novella De Thesauro, Venise, 1546, ..
    Vers 1350, Rupescissa (Jean de Roquetaillade) (De consideratione quintae essentiae) assimile élixir et alcool, comme un cinquième Élément, une quintessence donc, qui peut prolonger la vie. Il dit que l’on peut extraire cette quintessence de toutes choses, du sang, des fruits, du bois, des fleurs, des plantes, des métaux. D’où certains remèdes. Il fait une alchimie distillatoire, car, pour lui, la quintessence est un distillat extrêmement puissant qui peut s’extraire de l’alcool distillé mille et une fois. Cette théorie de la quintessence introduit l’idée du « principe actif » possédant au centuple les mêmes propriétés que les simples, dont Galien avait détaillé les effets bénéfiques sur le plan humain.

    Alchimie et christianisme

    L'Église catholique n'a jamais condamné pour hérésie l'alchimie en tant que telle. Les condamnations ne sont faites que dans des cadres limités : celle des faux-monnayeurs et des magiciens, la discipline interne aux ordres mendiants (franciscains et dominicains), et au la dénonciation des libertinsDidier Kahn, Alchimie et paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), Droz, coll. « Cahiers d'Humanisme et Renaissance », 2007 - Sylvain Matton, Le traité Contra alchimistas (1396), de Nicolas Eymerich (1320-1399)", Chrysopoeia, Paris : S.É.H.A., Milan : Archè, n° I (1987), . Pierre Baud Le procès de l’alchimie. Introduction à la légalité scientifique, Strasbourg, 1983) BAUD-Alchimistes et chimistes. L'idée de cette condamnation n'apparaît qu'avec les occultistes du Didier Kahn, Alchimie et paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), Droz, coll. « Cahiers d'Humanisme et Renaissance », 2007.
    En 1273, 1287, 1289, 1323, 1356 et 1372, les chapitres généraux des Dominicains intiment aux frères de remettre à leurs supérieurs les écrits d'alchimie ou (en 1321) de les détruireActa Capitulorum Generalium Ordinis Praedicatorum (A.O.P.), édi. B. M. Reichert, 1898-1904, t. I, , 239, 252, t. II, .. En 1295, la législation des franciscains leur interdit de détenir, lire, écrire des livres d'alchimieDefinitio contra alchimiam et necromantiam (1295-1310), édi. Bihl, 1941, . L. Bianchi, Censure et liberté intellectuelle à l'Université de Paris ( , Les Belles Lettres, 1999, , 33, 242..
    Élie de Cortone, Gérard de Crémone, Roger BaconGeorge Molland, "Roger Bacon and the Hermetic Tradition in Medieval Science", Vivarium, XXXI (1993), )., Jean de Roquetaillade sont des franciscains.
    Dans le Tractatus parabolicus du Pseudo-Arnaud de Villeneuve (milieu du ), pour la première fois, l’image du Christ (sa vie, sa Passion, et sa résurrection) est comparée à la pierre philosophale. L'alchimie devient, dès lors, chrétienneAntoine Calvet, "L'alchimie médiévale est-elle une science chrétienne ?", 2007. L’alchimie médiévale est-elle une science chrétienne ?. Le Pseudo-Lulle : « De même que Jésus-Christ a pris la nature humaine pour la délivrance et la rédemption du genre humain, prisonnier du péché par la suite de la désobéissance d'Adam, de même, dans notre art, ce qui est souillé criminellement par une chose est relevé, lavé et racheté de cette souillure autrement, et par la chose opposée »Pseudo-Lulle, Codicille (Codicillum) (déb. s. ?, éd. 1563), chap. 9 : Le Codicille de Raymond Lulle, trad. Léonce Bouyssou, coll. "La Haute Science", 1953... Toujours à la même époque (1350), Jean de Roquetaillade établit le lien entre Grand Œuvre et Passion du Christ.

    Alchimie durant la Renaissance

    Fichier:Table Emeraude Chrysogonus.jpgvignetteLa Table d'émeraude - version latine - Extrait du De Alchimia, Chrysogonus Polydorus (peut-être un pseudonyme du théologien luthérien Andreas Osiander), Nuremberg (1541).
    Le poème L'ordinaire d'alchimie (1477) de Thomas Norton.
    Denis Zachaire déclare avoir réussi à transmuter du mercure en or le jour de Pâques 1550 :
    Denis Zachaire, Opuscule très excellent de la vraie philosophie naturelle des métaux (1567), Éditions de la Violette, 1977, XVIII-117 p.

    Quand Rodolphe II de Habsbourg est empereur (1576-1612), la capitale de l'alchimie est Prague. Les adeptes de l'époque y convergent : Heinrich Khunrath (auteur d'un admirable Amphitheatrum sapientiae aeternae, 1602)Heinrich Khunrath, Amphithéâtre de l'éternelle sapience. Amphitheatrum sapientiae aeternae (1602), trad., Lyon, Paul Derain, 1946 et 1957, 44 p., 12 planches., Oswald CrollOswald Croll, La royale chymie (1609), trad. J. Marcel de Boulenc, 1622 ?. Tome III : Traité des signatures, Milan, Archè, coll. "Sebastiani", 1976, 130 p., Michael Maier (auteur, entre autres, de Les Arcanes très Secrets, 1613, et de l’Atalante fugitive, 1618.
    Le fameux ouvrage sur Nicolas Flamel, Le livre des figures hiéroglyphiques, qui donne une interprétation alchimique de l'arche du cimetière des Innocents à Paris, n'a pas été écrit par Nicolas Flamel, qui ne fit jamais d'alchimieAbbé Villain, Essai d'une histoire de la paroisse de Saint Jacques de la Boucherie, 1758. Robert Halleux, « Le mythe de Nicolas Flamel ou les mécanismes de la pseudépigraphie alchimique », Archives internationales d'histoire des sciences, XXXIII, 1983, .. Le livre est daté de 1399, mais il ne fut édité en 1612, il n'a pu être écrit que vers 1590, peut-être par l'écrivain François Béroalde de Verville (1558-1612)Claude Gagnon, "Découverte de l'identité de l'auteur réel du 'Livre des figures hiéroglyphiques', revue Anagrom. Sorcellerie, alchimie, astrologie, Maisonneuve et Larose, -8, 1976 .. Il développe la notion dars magna, une mutuelle délivrance de la matière et de l’esprit par la réalisation de l’œuvre, à la fois spirituelle et physiqueClaude Gagnon, Description du Livre des figures hiéroglyphiques attribué à Nicolas Flamel, Montréal (Canada), L'aurore, 1977 ; Nicolas Flamel sous investigation, Éditions du Loup de Gouttière, 1994. Figures Hiéroglyphiques.

    Paracelse

    Paracelse, comme l'a montré un de ses éditeurs, Johann Huser, n'a rien écrit d'alchimique au sens courant du terme (transmutation des métaux, production d'or)Paracelse,
    Liber paragranum (1533) : Sämtliche Werke, Barth, 1924, t. III, , 196-197., puisqu'il se concentre sur l'utilisation médicale et l'aspect philosophique. Dans son Opus paragranum (1533), il substitue aux quatre Éléments les trois Substances (tria prima) que sont le Soufre, le Mercure et (c'est Paracelse qui l'ajoute) le Sel ; il assimile le processus de digestion à l’alchimie, science des cuissons et des maturations. Cette approche spécifique qu'avait Paracelse de l'alchimie donnera naissance à la spagyrie.
    Paracelse, Liber paramirum (1531), Livre I : Des causes et origines des maladies provenant des trois premières Substances, chap. 2 : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, trad. de l'all. par Émile-Jules Grillot de Givry (1913), Milan, Archè, coll. "Sebastiani", 1975, t. 1 .

    Jean-Baptiste Van Helmont

    Jean-Baptiste Van Helmont (Bruxelles 1579-1644) est d'abord diplômé en philosophie avant de chercher une autre voie dans l'astronomie, puis dans la médecine. C'est alors que, se penchant sur les mystères de l'alchimie, il tente la transmutation des métaux et découvre l'existence des gaz, ce qui le situe à l'orée de la science modernePaul Nève de Mévergnies, "Reformer science", CAMBRIDGE 1982.. Il décrit plusieurs gaz dont le gaz carbonique. Ses œuvres ont été publiées par son fils François-Mercure sous le titre
    Ortus medicinae, vel opera et opuscula omniaJacques Sadoul "Le grand art de l'Alchimie", collection J'ai Lu..
    Fichier:Willow.jpgvignette300pxSaule pleureur ; Van Helmon comprend ce qu'est un gaz, mais il ne comprend pas que l'arbre est capable via la photosynthèse de prélever du CO2 dans l'air ni que des bactéries symbiotes peuvent aussi prélever de l'azote dans l'air au profit de l'arbre. Il pense qu'un saule qu'il a mis en culture et qui est uniquement abreuvé d'eau de pluie est capable de transmuter de l’eau en bois, en écorces et en racines.
    Jean-Baptiste Van Helmont, un alchimiste précurseur de la chimie, voulait démontrer que la théorie des quatre éléments alchimiques n'était pas valable.
    Van Helmont a fait pousser un jeune saule dans une caisse de bois contenant 90 (200 livres) de terre séchée au four, et couverte d'une plaque de fer étamé percée de petits trous. Il dit ne pas avoir tenu compte des chutes de feuilles ni de la poussière ayant pu s'y déposer. Après humidification durant cinq ans par de l’eau de pluie filtrée sur tamis (ou de l'eau distillée si nécessaire), il a observé que le poids de l’arbre (169 livres et environ 3 onces) avait augmenté de , tandis que celui de la terre n’avait diminué que de 57 g. Bien qu'ayant compris ce qu'est un gaz, et qu'il existe un gaz carbonique, il ne comprend pas que l'arbre est capable via la photosynthèse de prélever du CO2 dans l'air et que des bactéries symbiotes peuvent aussi prélever de l'azote dans l'air au profit de l'arbre. Il déduit donc faussementBoulaine, J. (1988).
    Histoire des pédologues et de la science des sols. Quae. que la terre ayant quasiment le même poids, c’est donc l’eau qui s’est changée en bois, en écorces et en racines. Pour les alchimistes, l'élément alchimique « eau » était ainsi transmuté en élément « terre »The chemical philosophy: Paracelsian Science and Medicine in the Sixteenth and Seventeenth Centuries, 319 Volume I and II, Allen G. Debus, by Science History Publications, a division of Neale Watson Academic Publications, New York, 1977, republication 2002, Cette hypothèse aura "un retentissement certain sur les spécialistes" de l'époque, avant d'être contredite par la science. Van Helmont en concluait que s'il provient de l'élément « eau », l'élément « terre » n’est pas élémentaire, donc que l'élément « terre » n'en était pas un et que la théorie des quatre éléments n'était pas valide .
    Ces quatre « éléments » pourraient aujourd'hui correspondre aux états de la matière (solide, liquide, gaz, plasma).

    Alchimie au

    Avec Gérard Dorn (
    Clavis totius philosophiae chymisticae, 1566), Jacques Gohory (Compendium, 1568), Cesare Della Riviera (Le monde magique des héros, 1603) . Elle se prolonge par certaines œuvres de Giordano Bruno ou de Jean d'Espagnet. Une correspondance s'établit entre les stades du Grand Œuvre et les étapes d’une transmutation spirituelle.
    De grands alchimistes marquent encore cette époque dont le Basile ValentinBasile Valentin,
    Les Douze clefs de la philosophie (1599, et non 1413, comme prétendu), trad. Eugène Canseliet, Éditions de Minuit, 1956. Voir J. R. Partington, A History of Chemistry, t. II, Londres, 1961, . Basile Valentin - le Pseudo-Basile Valentin - est en réalité son éditeur, Johann Thölde (vers 1565-av. 1624)., le Cosmopolite (Alexandre Seton ? Michel Sendivogius ?)Le Cosmopolite ou Nouvelle Lumière chymique pour servir d'éclaircissement aux trois Principes de la nature. Novi luminis chemici tractatus (1604), trad., Retz, coll. "Bibliotheca hermetica', 1976, 304 p. Gutemberg, 2006., l'Anglais Eyrénée Philalèthe (George Starkey)Eyrénée Philalèthe, L'entrée ouverte au palais fermé du Roi. Introitus apertus ad occlusum regis palatium (1669), trad., Denoël, coll. "Bibliotheca hermetica", 1970, 240 p. ; Règles pour se conduire dans l'œuvre hermétique..
    1616 :
    Les noces chymiques de Christian Rosencreutz, de Jean Valentin Andreae. L'alchimie est ici spirituelle, allégorique, et surtout relève de la Rose-Croix. Michael Maier, médecin de l'empereur Rodolphe II du Saint-Empire, donne dans son livre Themis Aurea les règles d'or des médecins alchimistes de l'Ordre de la Rose Croix.
    En 1677 paraît à La Rochelle un livre singulier, dû à Jacob Saulat :
    Mutus liber. Livre muetMutus Liber : « toute la philosophie hermétique est représentée en figures hiéroglyphiques », en fait quinze planches, sans texte, qu'Eugène Canseliet éditera et commenteraAltus (Jacob Saulat), Mutus Liber (1677) : Eugène Canseliet, L'Alchimie et son Livre Muet, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1967, 139 p., 15 planches.. Le livre semble tenir la rosée pour un élixir.

    Alchimie au : de l'alchimie à la chimie

    Robert Boyle qui croit à la possibilité de la transmutation des métaux, met en doute, dans
    The Sceptical Chymist (1661), la théorie des quatre éléments ainsi que celle des trois principes paracelsiens (soufre, mercure et sel), et introduits l'idée d'élément chimique comme élément indécomposable, et non transformable en un autre élément.
    De 1668 à 1675, Isaac Newton pratique l’alchimie.
    Le 31 janvier 1712, l'alchimiste Jean Trouin meurt embastillé sans avoir transformé le plomb en or comme il le prétendait.
    En 1722, le médecin et naturaliste français Étienne-François Geoffroy, inventeur du concept d'affinité chimique ne croit pas à la transmutation, mais ne pense pas possible de démontrer son impossibilité :
    En 1781, Sabine Stuart de Chevalier, une des rares femmes alchimistes, publie son
    Discours Philosophique sur les Trois Principes, Animal, Végétal et Minéral, ou la Clef du Sanctuaire Philosophique.
    En 1783, Lavoisier décompose l'eau en oxygène et hydrogène.
    Le comte de Saint-Germain, célèbre en France entre 1750 et 1760, prétendait être immortel et capable de produire ou de purifier des pierres précieuses.

    Alchimie au et au

    Au , les quelques alchimistes résiduels sont considérés comme des curiosités, vestiges d'une époque révolue .
    Ceux qui pratiquent l'hyperchimie (Tiffereau, Lucas, Delobel, Jollivet-Castelot) veulent faire de l'alchimie de façon strictement chimique. Théodore Tiffereau fabrique de l'or à Mexico en 1847, et Gustave Itasse, un chimiste, découvre que cet or possède Théodore Tiffereau,
    L'or et la transmutation des métaux, Paris, Chacornac, 1889, ..
    Certains francs-maçons français, (Jean-Marie Ragon 1781 - 1862, Oswald Wirth 1860-1943), s'inscrivant dans la lignée de certains de leurs prédécesseurs du (notamment le baron Tschoudy), lient étroitement l'alchimie mystique et la maçonnerie ésotérique.
    En 1926, paraît un ouvrage intitulé
    Le mystère des cathédrales, écrit par un inconnu usant d'un pseudonyme, un certain Fulcanelli. Ce même auteur fait publier quelques années après un autre ouvrage, Les Demeures philosophales. Fulcanelli deviendra au cours du une légendeInterview par Jacques Pradel, retranscrit dans la collection "Question de", , janvier-mars 1983, Le courrier du livre, . Canseliet, qui aurait été son élève, va venir souffler le chaud et le froid sur ce personnage, qui, selon la légende, aurait bénéficié du « don de Dieu », l'immortalité (il aurait été vu en Espagne âgé de 113 ans) : « Eh bien, quand je l'ai revu, il avait 113 ans, c'est-à-dire en 1952. J'avais à cette époque 53 ans. J'ai vu un homme sensiblement de mon âge. Attention, je précise, Fulcanelli en 1922 et même avant, c'était un beau vieillard, mais c'était un vieillard ».
    Sont également auteurs contemporains, Roger Caro, fondateur de l
    Église universelle de la nouvelle alliance, Kamala Jnana et Jean Clairefontaine, qui d'ailleurs ne constituent peut-être qu'une seule et même personnenetcabo.pt. Il faut préciser de Jean de Clairefontaine n'est pas Roger Caro mais son ami et mécène Maurice Auberger. Richard CaronAlchimie, coll. "Cahiers de l'hermétisme", Dervy, 1996, . fait état d'un regain d'intérêt notoire à partir du début . « On voit s'intéresser à l'alchimie non seulement des occultistes de tous horizons, mais également des écrivains, une certaine partie de la bourgeoisie qui fréquentait les salons littéraires, et particulièrement le milieu médical qui depuis la fin du siècle précédent a fait soutenir, dans ses facultés, un grand nombre de thèses en médecine ».
    Pour FulcanelliFulcanelli, Les demeures philosophales (1930), t. 1, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1964, , 115, 177., l'alchimie est « la science hermétique », « une chimie spiritualiste » qui « tente de pénétrer le mystérieux dynamisme qui préside » à la « transformation » des « corps naturels ». L'archimie poursuit à peu près un des buts de l'alchimie (« la transmutation des métaux les uns dans les autres »), mais elle utilise « uniquement des matériaux et des moyens chimiques », elle se cantonne au « règne minéral ». La spagyrie est « l'aïeule réelle de notre chimie ». « Les souffleurs, eux, étaient de purs empiriques, qui essayaient de fabriquer de l'or en combinant ce qu'ils pouvaient connaître de l'alchimie (bien peu de chose !) et des secrets spagyriques »Caron et Hutin, "Les alchimistes", 1959, ..
    En 1953, René Alleau publia aux éditions de Minuit un ouvrage fondamental, Aspects de l'alchimie traditionnelle, avec une préface d'Eugène Canseliet. C'est d'ailleurs Alleau qui, en 1948, prononça une série de conférences sur l'alchimie auxquelles assista André Breton, et qui eurent un profond retentissement sur le chef de file des surréalistes. On doit au même auteur la collection Bibliotheca Hermetica des Editions Denoël.
    En 1956 paraît pour la première fois en édition complète chez Denoël Le Message Retrouvé, du peintre Louis Cattiaux dont le témoignage alchimique, comme celui de sa Physique et métaphysique de la peinture, est plus qu'évident. L'ouvrage sera réédité de très nombreuses fois dans sa langue française originale de même qu'en castillan, catalan, allemand, italien, portugais, anglais (en tout, plus de vingt éditions). Il a donné lieu à bien des commentaires alchimiquesCfr notamment: Raimon Arola (Éd.), Croire l'incroyable ou le renouveau dans l'histoire des religions, Beya Éditions, Grez-Doiceau, 2006.( I.S.B.N. 2-9600364-7-6)..
    Dans Ces Hommes qui ont fait l'alchimie au , Geneviève Dubois donne la parole à, ou dresse la liste de nombreux alchimistes contemporains : Louis Cattiaux, Emmanuel d'Hooghvorst, José Gifreda, Henri Coton-Alvart, Henri La Croix Haute, Roger Caro, Alphonse Jobert, Pierre Dujols de Valois, Fulcanelli et Eugène Canseliet.
    Selon Serge HutinL’Alchimie, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1976, . :
    Selon René Alleau (1953)René Alleau, Aspects de l'alchimie traditionnelle, Éditions de Minuit, 1953, . :

    L'alchimie dans les civilisations orientales

    Chine


    La recherche des remèdes d'immortalité fait partie de la culture chinoise antique depuis la période des Royaumes combattants. Les souverains font confiance à la voie des magiciens et des immortels, et ces « magiciens » ont souvent des pratiques s'apparentant à l'alchimie. Sur un plan strictement historique, un savoir de type alchimique est établi, pour la Chine, à partir du avant l’ère chrétienneSur l'alchimie chinoise : Joseph Needham, Science and Civilisation in China, t. 5, fasc. 2, Cambridge, 1974 ; t. 5 fasc. 3, Cambridge, 1976.. On retrouve la trace, dans les Mémoires historiques de Sima Qian, d'un récit parlant de transmutation en or et d'allongement de la vie par des pratiques alchimiques lors du règne de Wu Di de la dynastie Han en 133 Mémoires historiques de Se-ma Ts'ien, texte du , t. III, , trad. Chavannes Mémoires Se ma Tsien. On voit le magicien Li Shao-jun se rendre chez l'empereur et lui dire : « Si vous sacrifiez au fourneau, alors je vous enseignerai comment faire des vases en or jaune ; et dans ces vases vous pourrez boire et acquérir l'immortalité ». « C'est probablement, dit J. Needham, le plus ancien document sur l'alchimie dans l'histoire du monde »J. Needham, La science chinoise et l'Occident (1969), Seuil, 1973, .. À la lumière de travaux les plus récents sur l'origine de l'alchimie chinoise (Pregadio 2006, Campany 2002), les opinions de certains spécialistes français du de l'alchimie comme Serge Hutin paraissent complètement dépasséesSerge Hutin avance que l'alchimie était déjà pratiquée en Chine dès 4500 et, dans le cadre de la Chine légendaire, René Alleau envisage l’analogie entre Hermès Trismégiste et l’Huángdìempereur jaune, au (Aspects de l'alchimie traditionnelle, ).
    Un texte fondateur, bien qu'il soit plus un traité de cosmologie que d'alchimie, est le Cantongqi (Tcheou-yi san-t'ong-ki. Triple concordance dans le livre des mutations des Tcheou), attribué à Wei Boyang (Wei Po-yang), un Immortel légendaire situé en 142. Le premier traité alchimique chinois connu est le Baopuzi neipian écrit par Ge Hong (283-343 )La voie des divins immortels par Ge Hong, les chapitres discursifs du Baopuzi Neipian, traduit du chinois, présenté et annoté par Philippe Che, Gallimard, Connaissance de l'Orient, 1999, voir postface et introduction -8. Les alchimistes chinois font une distinction entre « alchimie extérieure » (waidan, wai tan) et « alchimie intérieure » (neidan, nei tan). L’alchimie extérieure, telle que pratiquée par Ge Hong par exempleGe Hong (Ko Hong), Le Maître qui embrasse la simplicité. Baopu zi (Pao-p'ou-tseu) (317), trad. Kaltenmark., cède la place à l’alchimie intérieure qui domine dès la fin de la Dynastie Tang en 907. Les premières traces écrites de cette alchimie intérieure qui s'inscrit dans le cadre du taoïsme datent du Isabelle Robinet, Introduction à l'alchimie intérieure taoïste, Cerf, coll. "Taoïsme", 1995, ..

    Inde

    L'alchimie dite « indienne » est hindouiste. Elle remonte à la période très ancienne des Veda ( millénaire av. J.-C.) et tire ses origines de l'Ayurveda. Cette connaissance alchimique est appelée Rasâyana, qui signifie littéralement « voie du mercure ». Le Rasâyana amène à la préparation d'un élixir de longue vie nommé AusadhiSur l'alchimie indienne : P. Rây, History of Chemistry in Ancient and Medieval India, Calcutta, Indian Chemical Society, 1956. Pierre A. Riffard, Ésotérismes d'ailleurs, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1997, , 667, 721..
    L'Ayurveda est divisée en huit branches dont l'une est le Rasâyana :
    • Kayachitsa, « médecine interne »,
    • Shalya Tantra, « chirurgie »,
    • Shalakya Tantra, « médecine O.R.L. »,
    • Agada Tantra, « toxicologie »,
    • Bhuta Vidya, « psychiatrie »,
    • Kaumarbhritya Tantra, « pédiatrie »,
    • Rasâyana, « gériatrie et thérapie du rajeunissement », « voie du mercure »,
    • Vajikarana, « science des aphrodisiaques ».
    Des rapprochement entre l'alchimie et les pratiques shivaïques et tantriques ont été effectués par plusieurs auteurs: Shiva, qui s'apparenterait au principe actif du soufre, féconde Çakti, qui s'apparenterait principe passif du mercure. Dans la tradition tantrique, le corps devient un Siddha-rûpa, littéralement corps de diamant-foudreLe yoga tantrique, Julius Evola, Fayard, voir chapitre 'le corps de diamant-foudre' se rapprochant du concept de corps de gloire de l’Ars Magna en occidentM. Eliade, Le yoga, Payot, 1991, ..
    Malgré pléthore de sources archéologiques (anciennes et contemporaines) dont les Veda ( millénaire ), les origines de l'alchimie hindoue ont trouvé maintes occasions d'êtres débattues. Il convient cependant de préciser qu'une vision ethnocentriste, pro-occidentale ou coloniale, aurait pu influencer les partisans de la thèse d'une « origine importée ou acquise » de l'alchimie en Inde.
    • Selon le métaphysicien Ananda Coomaraswamy (1877-1947), l'alchimie hindoue puise historiquement ses origines dans les Veda, millénaire où l'on nous parle déjà du soma, un elixir d'immortalitéAnanda K. Coomaraswamy, la doctrine du sacrifice, dervy 1997, voir le chapitre en question, 138. D'autres penseurs du courant de l'école traditionaliste (ou pérennialiste) corroborent également cette thèse.
    • Selon Mircea Eliade l'alchimie ne serait attestée en Inde qu'à compter du et peut-être au . Il se base sur la présence du tantrisme dans des zones peu touchées par l'islam, l'existence du « Mercure » dans la littérature indienneM. Eliade, Le yoga. Immortalité et liberté, Petite Bibliothèque Payot, 1968, sq. et la présence de nombreux textes relatifs à l'alchimie dans la littérature bouddhique à partir du Par exemple le philosophe bouddhiste Nâgârjuna ( s.) écrit ceci dans son Mahâprajñâ-paramitopadesha : Par des drogues et des incantations on peut changer le bronze en or. Par un habile emploi des drogues l'argent peut être transformé en or et l'or en argent. Par la force spirituelle un homme peut changer l'argile ou la pierre en or..
    • Selon Robert Halleux « Une alchimie proprement dite, centrée sur le mercure comme élixir de vie, se développe à partir du de notre ère et connaît un apogée entre 700 et 1300, en liaison étroite avec la spéculation tantrique » .
    • Selon A.B. Ketith, Lüders, J. Ruska, Stapleton, R. Müller, E. Von LippmanOrientalistes et historiens des sciences, cités par Eliade, dans Le yoga, Immortalité et liberté., se basant sur l'arrivée tardive de l'alchimie dans la littérature indienne, ce sont les Arabes qui auraient introduit l'alchimie en Inde vers le .

    Mésopotamie, Babylone

    Le sujet a été étudié par et Mircea EliadeA. Leo Oppenheim, "Mesopotamia in the Early History of Alchemy", Revue d'assyriologie, 60 (1966), ; Glass and Glassmaking in Ancient Mesopotamia, New York, Corning, 1970, . Mircea Eliade, Forgerons et Alchimistes (1956, 1977), Flammarion, "Champs", 1977, .. « Robert. EislerR. Eisler, "L'origine babylonienne de l'alchimie", Revue de synthèse historique, 1926, t. XLI, . a suggéré l'hypothèse d'une alchimie mésopotamienne. En réalité, les tablettes dont Eisler faisait état sont soit des recettes de verrier, soit des rituels accompagnant les opérations de métallurgie » .. Les Mésopotamiens utilisent, dans leurs recettes pour fabriquer de la pâte de verre coloré, un langage secretR. G. Forbes, Studies in Ancient Technologie, I, Leyde, 1955., mais cela relève davantage du secret de métier que de la discipline de l'arcane.
    Dès le en Babylonie et le en Assyrie il y a fabrication de gemmes de four (artificielles). Ce sont, à peu près, les mêmes recettes qu’on retrouvera à Alexandrie au : imitation des métaux précieux, coloration des pierres, production de la pourpre.
    L'étape mésopotamienne est un moment capital dans l'histoire de l'alchimie, car les métaux sont mis en correspondance avec les planètes. Ainsi se place le fondement ésotérique de l'alchimie, à savoir la mise en place de corrélations entre des niveaux différents de réalité dans un monde conçu sur base d'analogies (a est à b ce que c est à d).
    « L'argent est Gal le grand dieu, Anou
    l'or est En.me.shar.ra Enli
    le cuivre est Éa
    l'étain est Nin.mah Nin-ani. »Cuneiform Texts, cités par S. Langdom, Sumerian Liturgies and Psalms, Philadelphie, 1919.

    La Lune est liée à la couleur argentée, au métal argent, aux dieux Sîn (dieu Lune) et Anum ; le Soleil est lié à la couleur dorée, au métal or, aux dieux Shamash (dieu Soleil) et Ellil ; Jupiter : bleu lapis, étain, Mardouk et Nin-ani ; Vénus : blanc, cuivre, Ishtar déesse de la fécondité et des combats) et Éa ; Mercure jaune-vert, vif-argent (?), Nabou (dieu de l'écriture) ; Saturne : noir, plomb (?), Nirurta ; Mars : brun-rouge, fer (?), Erra (Nergal)Pierre A. Riffard, Ésotérismes d'ailleurs, Robert Laffont, "Bouquins", 1997, ..
  • influences moyenne-orientales: Selon Bernard Gorceix, les traces de l'antique Iran sont nettement perceptibles dans l'élaboration des textes alchimiques. Il note, en particulier, l'influence du Zervanisme ou du Zoroastrisme«La corruption de la matière ne serait pas aussi tragique chez Dorn ou F. Keiser sans les échos lointains - dans la mesure où l'on admet ou conteste que la Syrie et l'Iran sont le berceau de la spagyrie - d'un Zervanisme et d'un mazdéisme diffus: Ahriman empoisonne et souille la végétation et les eaux bien autrement que les Elohim et Lucifer ! Les théologies pessimistes et gnostiques n'ont pu, à Alexandrie comme à Byzance, que corroborer les articles du Pimandre sur les conséquences du péché de l'homme primordial. La revalorisation du rôle, de la mission, du ministère de l'homme rappellent plus les synthèses iraniennes que la Genèse: le labourant est plus proche parent de Gayômart que d'Adam », Alchimie, Fayard, 1980, ., notamment concernant la conception de l'hermétisme gnostique d'un deuxième dieu corrupteur et plus particulièrement la corruption de la matière par celui-ci.
  • Buts de l’alchimie

    vignetteJâbir ibn Hayyân, dit Geber, l'alchimiste arabe.
    L'alchimie s'est donné des buts distincts, qui parfois coexistent. Le but le plus emblématique de l'alchimie est la fabrication de la pierre philosophale, ou « grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. D'autres buts de l'alchimie sont essentiellement thérapeutiques, la recherche de l'élixir d'immortalité et de la Panacée (médecine universelle), et expliquent l'importance de la médecine arabe dans le développement de l'alchimie. Derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leur sens au profane, certains alchimistes s'intéressaient plutôt à la transmutation de l'âme, c'est-à-dire à l'éveil spirituel. On parle alors de « l'alchimie mystique ». Plus radical encore, l'Ars Magna, une autre branche de l'alchimie, a pour objet la transmutation de l'alchimiste lui-même en une sorte de surhomme au pouvoir quasi illimité. Un autre but de l'alchimie, est la création d'un homme artificiel de petite taille, l'homoncule .
    L'alchimiste oppose ou rend complémentaires alchimie pratique et alchimie spéculative. Roger Bacon, en 1270, dans son Opus tertium, 12, distinguait ces deux types-ci d'alchimie :
  • « Il y a l'alchimie spéculative, qui traite de tout ce qui est inanimé et de toute génération à partir des Éléments. Il y a aussi l'alchimie opérative et pratique, qui enseigne à fabriquer les métaux nobles, les couleurs et beaucoup d'autres choses par l'Art, mieux ou plus abondamment que ne les produit la nature ». Une alchimie purement spéculative, sans manipulations, n'apparaît que vers 1565, avec Gérard Dorn.
  • But métallique : le Grand Œuvre et la transmutation


    vignetteL'Alchimiste, par Sir William Fettes Douglas.
    Le Grand Œuvre avait pour but d'obtenir la pierre philosophale. L'alchimie était censée opérer sur une Materia prima, Première Matière, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la « projection », c'est-à-dire la transformation des métaux vils en or. Les alchimistes ont développé deux méthodes pour tenter d'obtenir la pierre philosophale: la voie sèche et la voie humidedescriptif des deux voies. De façon classique la recherche de la pierre philosophale se faisait par la voie dite voie humide, celle-ci est par exemple présentée par Zosime de Panopolis dès 300. La voie sèche est beaucoup plus récente et a peut-être été inventée par Basile Valentin, vers 1600. En 1718, Jean-Conrad Barchusen, professeur de chimie à Leyde, dans son Elementa chemicae, développe cette voie. Selon Jacques Sadoul la voie sèche est la voie des hautes températures, difficile, tandis que la voie humide est la voie longue (trois ans), mais elle est moins dangereuse. Fulcanelli dit à ce propos « À l’inverse de la voie humide, dont les ustensiles de verre permettent le contrôle facile et l’observation juste, la voie sèche ne peut éclairer l’opérateur »(Fulcanelli, Les demeures philosophales (1930), Éditions de Minuit, 1964, t. 2, ).
    Les phases classiques du travail alchimique sont au nombre de trois. Elles sont distinguées par la couleur que prend la matière au fur et à mesure. Elles correspondent aussi aux types de manipulation chimique : œuvre au noir calcination, œuvre au blanc lessivage et réduction, œuvre au rouge pour obtenir l'incandescence. On trouve ces phases dès Zosime de Panopolis. La phase blanche est parfois divisée en phase blanche lessivage et phase jaune réduction par certains auteurs alchimistes, qui admettent ainsi quatre phases (noir, blanc, jaune, rouge) pour l'ensemble au lieu de trois (noir, blanc, rouge).

    But médical : la médecine universelle et l'élixir de longue vie

    Les Arabes sont les premiers à donner à la pierre philosophale des vertus médicinales et c'est par leur intermédiaire que le concept d'élixir est arrivé en OccidentMircea Eliade, Forgerons et Alchimistes, . D'après R. P. Multhauf, The Origins of Chemistry, sq.. Roger Bacon veut « prolonger la vie humaine »Roger Bacon, Opus tertium, in Opera quaedam hactenus inedita, .. La quête alchimique, de métallique aux origines, devient médicale au milieu du , avec le Pseudo-Arnaud de Villeneuve et Petrus Bonus. La notion de « médecine universelle » pour les pierres comme pour la santé vient du Testamentum du Pseudo-Lulle (1332). Johannes de Rupescissa (Jean de Roquetaillade) ajouta, vers 1352, la notion de quintessence, préparée à partir de l’aqua ardens (alcool), distillée des milliers de foisJohannes de Rupescissa, La Vertu et propriété de la quinte essence de toutes choses (De consideratione quintae essentiae) (vers 1352), trad. 1549. Halleux Robert : "Les ouvrages alchimiques de Jean de Rupescissa", Histoire littéraire de la France, 41, Paris, Imprimerie Nationale, 1981, . ; il décrit l'extraction de la quintessence à partir du vin et explique que, conjointe à l'or, celle-ci conserve la vie et restaure la santéJohannes de Rupescissa, De consideratione quintae essentiae, Bâle, 1561, .. Paracelse, en 1533, dans le Liber Paragranum, va encore plus loin, en rejetant la transmutation comme but de l'alchimie, pour ne garder que les aspects thérapeutiques. Il a résumé ainsi sa pensée : « Beaucoup ont dit que l’objectif de l'alchimie était la fabrication de l’or et de l’argent. Pour moi, le but est tout autre, il consiste à rechercher la vertu et le pouvoir qui réside peut-être dans les médicaments ». En un sens Paracelse fait donc de l'iatrochimie (médecine hermétique), plutôt que de l'alchimie proprement dite. Dès lors apparaît une opposition entre deux usages de la pierre philosophale, la production de l’or (chrysopée) ou la guérison des maladies (panacée). La iatrochimie (ou médecine hermétique) a eu « pour principal représentant François de Le Boë (Sylvius) et consistait à expliquer tous les actes vitaux, en santé ou en maladie, par des opérations chimiques : fermentation, distillation, volatilisation, alcalinités, effervescences ». L'alchimie médicale a été étudiée par Alexander von BernusAlexander von Bernus, Médecine et Alchimie (Alchymie und Heilkunst) (1940), trad., Paris, Belfond, 1977, 217 p..
    La légende veut que l'alchimiste Nicolas Flamel ait découvert l'élixir de jeunesse et l'ait utilisé sur lui-même et son épouse Pernelle. De même la légende du comte de Saint-Germain marqua l'alchimie, il aurait eu le souvenir de ses vies antérieures et une sagesse correspondante, ou aurait disposé d'un élixir de longue-vie lui ayant donné une vie longue de deux à quatre mille ans selon lui.
    Aujourd'hui plusieurs laboratoires pharmaceutiques (Pekana, Phylak, Weleda…), revendiquant les remèdes spagyriques de Paracelse, de Rudolf Steiner, d'Alexander von Bernus, de Carl-Friedrich Zimpel, poursuivent cette tradition alchimique médicale.

    But métaphysique : ontologie de l'énergie et éthique du travail

    L'alchimiste se présente comme un philosophe. Il prétend connaître non seulement les métaux, mais aussi les principes de la matière, le lien entre matière et esprit, les lois de transformation… Son ontologie repose sur la notion d'énergie, une énergie contradictoire, dynamique, une, unique, en métamorphoses. Il tire aussi une morale de ses travaux, l'éloge du travail et de la prière : « Prie et travaille (Ora et labora) » (Khunrath)Heinrich Khunrath, Amphithéâtre de l'éternelle sapience (1609), trad., Milan, Archè, 1975.. Il avance une grande méthode : l'analogie (« Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut »). Sa notion-clef est celle d'origine, de retour, ou - comme le dit Pierre A. Riffard - de « réversion »Pierre A. Riffard, L'ésotérisme. Qu'est-ce que l'ésotérisme ?, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1990, , 380-387.. L'alchimiste veut retourner à la matière première, rétablir les vertus primitives des choses, rendre pure et saine toute créature : faire nature, pourrait-on dire.

    Différentes interprétations de l'alchimie

    L'interprétation des buts poursuivis par l'alchimie est rendue plus difficile par les textes volontairement cryptiques laissés par les alchimistes. Cette difficulté d'interprétation a engendré de nombreuses thèses à propos du sens qu'il convenait de donner à l'alchimie.

    Théories physiques de l'alchimie

    Les alchimistes se fondent sur une conception de la nature et de la matière première. Les théories s'opposent ou se combinent.
    1. Théorie corpusculaire. Anaxagore et Empédocle avaient tous deux avancé l’idée que ce qui nous semble plein et compact est en fait constitué de parcelles, comme l'or est fait de paillettes d'or (Anaxagore). Pour Roger Bacon (Minima naturalia), pour le Pseudo-Geber (Summa perfectionis, 1260), pour Newton, la matière est constituée d'éléments, de particules, si minuscules qu'un artisan peut les infiltrer dans celles, plus grossières, d'un métal vil comme le plomb (Zosime de Panopolis) ou le mercure. En 1646, le Français Johannes MagnenusJohannes Chrysostomus Magnenus, Democritus reviviscens, sive de atomis, 1646., pour prouver la palingénésie selon Paracelse, broya une rose, mit le mélange dans un vase de verre, scella, réchauffa avec une chandelle, et, dit-il, observa que les corpuscules s'étaient spontanément rassemblés pour recomposer une rose parfaite ! La théorie des minima naturalia, chez Albert le Grand, Robert Boyle, soutient que la matière est faite de constituants élémentaires, invisibles, doués de qualités définies, intervenant dans les réactions chimiques.
    2. Théorie mercurialiste. Un seul Élément, le MercureLynn Thorndike, A History of Magic and Experimental Science, 1934, vol. III, . Pseudo-Geber, Summa perfectionis.. La théorie, qui remonte aux commentateurs grecs et à Jâbir-Geber, s'impose avec le Pseudo-Geber (qui combine mercurialisme et théorie corpusculaire), Rhazès, Roger Bacon, Petrus Bonus, Eyrénée Philalèthe (Starkey), lequel déclare : « Tous les corps métalliques ont une origine mercurielle (…) hautement semblable à l’or ». Pour le Pseudo-Arnauld de Villeneuve du Rosarius philosophorum, la pierre philosophale se constitue de mercure alchimique, composé des quatre Éléments ; la composante Soufre ne sert, en vapeur, qu'à cristalliser en or ou en argent, elle est inhérente au mercure, pas un principe.
    3. Théorie des quatre Éléments et des deux Principes. L'Arabe Balînâs (le Pseudo-Apollonios de Tyane), Jâbir-Geber dans le Liber misericordiae, Avicenne, Albert le Grand affirment que tous les êtres, mêmes les métaux, sont composés des deux Principes : le Soufre et le Mercure, composés à leur tour des quatre Éléments. Newton admet deux composants (qu'il combine avec la théorie corpusculaire) : d'une part « notre mercure », principe passif, froid et féminin, constitué de particules volatiles et ténues, d'autre part, « notre soufre », principe actif, chaud et masculin, constitué de particules fixes, plus épaisses que les particules du mercure.
    4. Théorie des trois Substances. En 1531, Paracelse (Opus paramirum) pose trois Substances : le Soufre, le Mercure et le Sel. Ce qui brûle, c'est le Soufre ; ce qui fume, c'est le Mercure ; les cendres, c’est le Sel. Quand l’alchimiste décompose une chose en ses constituants, le principe sulfureux se sépare comme une huile combustible ou une résine, le principe mercuriel vole comme une fumée ou se manifeste comme un liquide volatil, enfin le principe salé demeure comme une matière cristalline ou amorphe indestructible.
    5. Panpsychisme. Avec les stoïciens et les hermétistes, quelques alchimistes soutiennent que de l'esprit (pneûma) habite à l’intérieur des corps. Marsile FicinMarsile Ficin, Les trois livres de la vie (1489), livre III ("Comment organiser sa vie de façon céleste" De vita coelitus comparanda), trad. du latin, Paris, Fayard, "Corpus des œuvres de philosophie", 2000, 276 p. Matton Sylvain, "Marsile Ficin et l’alchimie", in Jean-Claude Margolin et Sylvain Matton (éd.), Alchimie et philosophie à la Renaissance, Paris, Vrin, 1993, ., Jean-Baptiste van Helmont appartiennent à cette école. Pour Ficin, un Esprit cosmique (spiritus mundi), intermédiaire entre l'Âme du monde (Anima mundi) et le Corps du monde (Corpus mundi), de la nature de l'éther, qui « vivifie tout », qui est « la cause immédiate de toute génération et de tout mouvement », traverse le Tout ; l'alchimiste peut attirer cet Esprit capable de canaliser l'influence des astres et ainsi de transformer les choses. Newton - lui, encore - affirme l'existence d'« un esprit très subtil qui circule à travers les corps grossiers », esprit électrique grâce auquel les particules de matière s'attirent lorsqu'elles sont peu éloignées les unes des autresIsaac Newton, Principes mathématiques de philosophie naturelle (1687), III, scholium generale. Pierre Thuillier, La revanche des sorcières. L'irrationnel et la pensée scientifique, Belin, 1997, : "Newton alchimiste"..
    Depuis le , la théorie atomique a relégué l'alchimie au rang de pseudoscience. Paradoxalement, la physique nucléaire a montré que les transmutations de métaux sont possibles, reprenant d'ailleurs le terme, même si les théories alchimiques ont été réfutées.

    L'interprétation positiviste : l'alchimie comme protochimie

    Le laboratoire chimique doit énormément à l'alchimie, au point que certains positivistes (dont Marcellin Berthelot) ont qualifié l'alchimie de proto-chimie.
    Pourtant, l'objet de l'alchimie (la pierre philosophale et la transmutation des métaux) et celui de la chimie (l'étude de la composition, les réactions et les propriétés chimiques et physiques de la matière) sont réellement distincts. D'autre part le rapport entre l'alchimie et les mythes locaux, et les constantes archétypiques universelles présentes dans la philosophie sous-jacente à l'alchimie la distinguent également de celle-ci . Plusieurs auteurs du qui ont étudié l'alchimie de manière approfondie la présentent comme une théologie, ou comme une philosophie de la Nature plutôt qu'une chimie naissante« À notre époque, cette interprétation positiviste de l'alchimie est devenue elle-même illusoire, historiquement et scientifiquement. Les travaux considérables des orientalistes et, principalement, des sinologues ont révélé la haute antiquité et l'universalité des théories et pratiques alchimiques traditionnelles, en montrant leur caractère sotériologique fondamental », René Alleau, Encyclopédia universalis, édition de 1985, T1 , à ce titre, certains anciens alchimistes se donnaient le titre de « seuls véritables philosophes ».
    L'interprétation de l'alchimie comme relevant uniquement d'une proto-chimie proviendrait essentiellement d'une erreur d'interprétation de Marcellin Berthelot au voir René Alleau, Encyclopædia Universalis, édition de 1985, T. I, : « Ignorant le syriaque et l'arabe, ne connaissant qu'imparfaitement le grec, Berthelot fit appel à des collaborateurs érudits. Ceux-ci, malheureusement, n'étant point informés de la nature des opérations décrites par les textes obscurs et souvent cryptographiques qu'ils devaient traduire, s'en remettaient à la seule autorité de Berthelot afin de décider du sens qu’il convenait de donner à des passages difficiles. Dans ces conditions, on comprend que divers historiens spécialisés et, en particulier Von Lippmann, aient jugé sévèrement la singulière méthode critique de Berthelot. Malgré ces réserves, ses célèbres corrections publiées voici près d'un siècle n'ont pas encore été ni corrigées philologiquement ni scientifiquement, et l'on continue parfois de tenir pour sérieuses des thèses sur les origines de l'alchimie dont les sources documentaires ont été justement contestées". Françoise Bonardel retient également l'hypothèse d'une simplification excessive opérée par certains historiens du … D'où la tentation, à laquelle cédèrent nombre des historiens et commentateurs de l'alchimie au , de débarrasser au rebours l'alchimie de ses impuretés surajoutées, et de lui faire retrouver, par amputations successives, la saine apparence d'une technique aujourd'hui périmée; une pratique du 'dénoyautage' radicalement opposée à celle pratiquée par les alchimistes … On se doit aussi de constater que ce sont justement les recettes, ou toute formulation s'y apparentant par le ton qui, isolés de leur contexte, fascineront souvent les esprits modernes, comme autant de séquences incantatoires auxquelles certains furent même tentés de réduire l'alchimie. » F. Bonardel, Philosopher par le feu, Seuil, coll. « Points », Intro. et 31..

    L'interprétation psychologique de Jung

    Herbert Silberer, un disciple de Freud, est un précurseur de l'interprétation psychologique de l'alchimieHerbert Silberer, Probleme der Mystik und ihrer Symbolik, Vienne, 1914..
    La mise en évidence d'un symbole alchimique, similaire dans des civilisations éloignées dans le temps et dans l'espace, a conduit Carl Gustav Jung, très tôt, à valoriser l'alchimie comme processus psychologique . Il a particulièrement insisté sur l'intérêt psychologique ou spirituel ou même initiatique de l'alchimie. Elle aurait pour fonction « l'individuation », c'est-à-dire . Bernard Joly met en cause l'interprétation jungienne de l'alchimie qui la définit comme un ensemble d'aspirations spirituelles ..

    L'inteprétation mythologique de Mircea Eliade


    Mircea Eliade, mythologue et historien des religions, défend dans Forgerons et alchimistes (1956) l'idée que l'alchimie, loin d'être l'ancêtre balbutiant de la chimie, représente un système de connaissances très complexe, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et commun à toutes les cultures (surtout asiatiques). Il développe l'idée, selon l'analogie du macrocosme et du microcosme, que les transformations physiques de la matière seraient les représentations des modalités des rites ancestraux, dans leur trame universelle : Mircea Eliade, Initiations, Rites, sociétés secrètes, Paris, Gallimard Essais, 2004, ..

    L'alchimie comme discipline préscientifique

    Gaston Bachelard, philosophe et historien des sciences, s'inspire des concepts jungiens pour établir une de la formation de la pensée .. Dans La Psychanalyse du feu, il tient l'alchimie pour une rêverie préscientifique, qui relève davantage de la poésie et de la philosophie que de la connaissance objective. Ses arguments sont que certains alchimistes, comme Nicolas de Locques et d'autres anonymes au , utilisent un vocabulaire sexuel pour désigner les vases, les cornues et l'ensemble des outils techniques utilisés en alchimie. Ainsi, la vision en partie inconsciente qu'ont les alchimistes du feu est une rêverie animiste et sexualisée, ils considèrent le feu comme une entité vivante et génératrice. Dans La lumière sortant de soi-même des ténèbres (1693), il est même fait mention d'un feu masculin, qui est agent, et d'un feu féminin, qui est caché, or en psychanalyse est un . Par conséquent, Bachelard peut écrire qu' et qu'elle est ..
    Déjà dans La Formation de l'esprit scientifique, Bachelard tenait l'alchimie pour une discipline qui fait obstacle au progrès scientifique plus qu'elle n'y participe. Sa théorie historique repose de façon générale sur l'idée que l'homme est travaillé par des intuitions primitives, qui sont d'ordre affectif et inconscient, et qui poussent l'homme à se faire une représentation illusoire de la réalité .. La connaissance scientifique se construirait alors en avec ces intuitions. En mathématisant le réel par exemple, nous passerions d'une rêverie vague et qualitative sur la matière à un savoir quantitatif et précis sur elle. L'alchimie serait plutôt une approche qualitative qui tend à substantialiser la matière. Bachelard écrit que . Ce rapport affectif à la nature est cependant inévitable en première approche selon l'auteur, qui ajoute que .. Le sociologue Émile Durkheim écrit de même que l'alchimie, tout comme l'astrologie, repose sur des , c'est-à-dire des illusions subjectives qui répondent à des besoins pratiques de l'homme (la recherche de la pierre philosophale pour la richesse et la santé), et non sur des explications scientifiques qui auraient rompu avec ces illusionsCéline Béraud, « Prénotion », Sociologie En ligne, Les 100 mots de la sociologie, mis en ligne le 01 octobre 2013, consulté le 25 juin 2016..
    Barbara Obrist . et Bernard Joly contestent la lecture historique de Bachelard. Là où le philosophe cherche à établir une rupture entre l'esprit préscientifique et l'esprit scientifique, lorsque ce dernier surmonte la connaissance concrète et qualitative pour aller vers une connaissance abstraite et quantitative, Bernard Joly insiste plutôt sur la continuité voire l'indistinction entre l'alchimie ancienne et la chimie moderne. Il veut démontrer, en interprétant des textes d'Étienne-François Geoffroy et d'autres chimistes-alchimistes, que l'échec de la transmutation des métaux n'implique pas que ses pratiquants soient des rêveurs illusionnés. Au contraire, les alchimistes seraient des scientifiques au sens que prenait la science à leur époque, s'efforçant de connaître le monde objectivement et de construire des protocoles expérimentaux .. Ce serait la physique cartésienne qui aurait tenté dès le de mettre un coup d'arrêt à la fois à l'alchimie et à la chimie non mécanistes, en les accusant d'être de fausses sciences pratiquées par des imposteurs ..
    Pour Joly, l'alchimie est une démarche essentiellement rationnelle, ce qui n'exclut pas que çà et là des imposteurs et des charlatans se soient servis de cette discipline. L'enjeu est de ne pas cantonner l'alchimie dans une sorte d'ésotérisme irrationnel, ésotérisme qui serait la possession exclusive d'« adeptes » et d'« initiés » s'immunisant contre les critiques faites à leur propre interprétation de l'alchimie.

    Terminologie et modalités d'expression

    En tant que connaissance ésotérique, les textes alchimiques possèdent la particularité d'être codés. Il s'agit d'un savoir qui n'est transmis que sous certaines conditions. Les codes employés par les anciens alchimistes étaient destinés à empêcher les profanes d'accéder à leurs connaissances. L'utilisation d'un langage poétique volontairement obscur, chargé d'allégories, de figures rhétoriques, de symboles et de polyphonie (voir langues des oiseaux) avait pour objet de réserver l'accès aux connaissances à ceux qui auraient les qualités intellectuelles pour déchiffrer les énigmes posées par les auteurs et la sagesse pour ne pas se laisser tromper par les pièges nombreux que ces textes recèlent.

    Matière aux mille noms

    Le même nom peut qualifier deux « objets » ou « sujets » totalement différents mais l'on peut aussi avoir plusieurs noms pour désigner le même objet. Ceci est particulièrement vrai pour le Mercure mais également pour d'autres termes.
    Presque tous les traités d'alchimie commencent au début du second œuvre et « omettent » de préciser quelle matière première utiliser et cette énigme de la matière première est sciemment recouverte par l'énigme du Mercure selon René Alleau"La généralité des auteurs ne donnant aucune précision sur le 'sujet des sages', ni sur les premières opérations du grand œuvre, cette omission systématique a pour effet de provoquer une inextricable confusion dans l'esprit du profane qui confond la matière première et le premier mercure, ou mercure commun. Presque tous les traités commencent en effet au début du second œuvre, et semblent supposer achevée la première préparation. En ce sens, l'énigme de la matière première est sciemment recouverte par l'énigme du Mercure, si bien que, même si l'on devine celle-ci, l'on ne découvre que les termes du problème posé par celle-là", Aspects de l'alchimie traditionnelle, Éd de minuit 1986, . Fulcanelli, par exemple, s'emploie à multiplier les indications tout en restant cryptique"Quant au sujet grossier de l'œuvre, les uns le nomment Magnesia lunarii; d'autres plus sincères l'appellent plomb des sages, saturnie végétable. Philalèthe, Basile Valentin, le Cosmopolite disent Fils ou Enfant de Saturne. Dans ces dénominations diverses, ils envisagent tantôt sa propriété aimantine et attractive du soufre, tantôt sa qualité fusible, sa liquéfaction aisée.Pour tous, c'est la Terre Sainte; enfin ce minéral a pour hiéroglyphe céleste le Bélier (Aries). Si donc vous faites attention à ce que nous avons dit de la galette des rois, et si vous savez pourquoi les égyptiens avaient divinisé la chat, vous n'aurez plus lieu de douter du sujet qu'il vous faut choisir. Son nom vulgaire vous sera nettement connu. Vous posséderez alors ce Chaos des sages, dans lequel tous les secrets cachés se trouvent en puissance" Fulcanelli, MC .. Synésius semble plutôt décrire la matière dans son état avancé"Il faut, mon fils, que vous travailliez avec le Mercure, qui n'est pas le Mercure vulgaire, ni du vulgaire du tout, mais qui, selon ces philosophes, est la matière première, l'âme du monde, l'élément froid, l'eau bénite, l'eau des sages, l'eau venimeuse, le vinaigre très fort, l'eau céleste grasse, le lait virginal, notre mercure minéral et corporel" Le livre de Synésius, in Salmon, t II, . La matière aux mille noms, terme employé par Françoise BonardelPhilosopher par le feu, Seuil coll. Point, , demeure une énigme à double fond. Cet auteur résume la problématique ainsi : « Car si la force de l’alchimie réside bien dans le seul mercure des philosophes, comme le proclama très tôt Albert le Grand (1193-1280), c’est que la substance mercurielle, par excellence protéiforme, est alors envisagée soit comme une materia prima en qui sont latentes toutes les virtualités (dont celle du soufre), soit, après préparation, comme mercure double (ou hermaphrodite) en qui a été consommé et fixé l’union des 2 principes »Philosopher par le feu, introduction, .

    Alchimie, symboles et signes

    Le symbole allégorique ne se recoupe pas avec le symbole chimique et, par exemple, le mercure alchimique n'est pas le mercure chimique. Voici quelques exemples de symboles :
    Soufre 20pxSoufre - Mercure 30pxMercure - Sel 20pxSel - Arsenic 20pxArsenic

    Fichier:Alchemy-Digby-Rare.pngvignette390x390pxSymboles des éléments utilisés dans les manuscrits alchimiques d'après Kenelm Digby, dans A Choice Collection of Rare Secrets (1682).
    Pour l'alchimiste les quatre éléments ne représentent pas des composantes de la matière, en effet l'unicité de la matière est un des principes philosophiques de l'alchimie, mais plutôt des états de cette matière unique se rapprochant plus du concept physique d'état de la matièreL'alchimie, Serge Hutin, Que sais je?, . Ces quatre éléments sont avec leurs symboles associés :
    le Feu 20pxSymbole de feu, Eau 20pxSymbole de l'eau, la Terre 20pxSymbole de la terre, l'Air 20pxSymbole de l'air.

    Pour l'alchimiste les sept métaux sont liés aux planètes et aux astres :
    • or dominé par le Soleil ☼ ( ☼ )
    • argent dominé par la Lune ☽ ( 15pxSymbole de la lune )
    • cuivre dominé par Vénus ♀ ( 20pxSymbole de Vénus )
    • fer dominé par Mars ♂ ( 20pxSymbole de Mars )
    • étain dominé par Jupiter ♃ ( 20pxSymbole de Jupiter )
    • mercure (vif argent) dominé par Mercure ☿ ( 20pxSymbole de Mercure )
    • plomb dominé par Saturne ♄ ( 20pxSymbole de Saturne )
    Une partie des symboles typographiques particuliers utilisés dans des ouvrages imprimés d'alchimistes se retrouvent dans la table des caractères Unicode/U1F700.

    Langage alchimique

    • Selon Michel Butor : « Le langage alchimique est un instrument d'une extrême souplesse, qui permet de décrire des opérations avec précision tout en les situant par rapport à une conception générale de la réalité. C'est ce qui fait sa difficulté et son intérêt. Le lecteur qui veut comprendre l'emploi d'un seul mot dans un passage précis ne peut y parvenir qu'en reconstituant peu à peu une architecture mentale ancienne. Il oblige ainsi au réveil des régions de conscience obscurcies »Cité par Alleau, Encyclopédia universalis, chap. Alchimie, T1, 1985, .
    • Selon René Alleau : « Les alchimistes ont voilé … non sans de pertinentes raisons dont l'une des plus importantes dut être que le néophyte se trouva dans l'obligation logique de réformer son entendement profane en se pliant à une série d'exercices mentaux dominés par la cohérence et sur-rationnelle des symboles … À aucun moment, l'alchimie ne sépare-t-elle les transformations de la conscience de l'opérateur de celles de la matière »Aspects de l'alchimie traditionnelle, les éd. de minuit, 1986 & 131.

    Interprétation des textes par les alchimistes

    thumbAllégorie de l'Alchimie
  • Le mythe Prométhéen: en particulier chez ZosimeJack Lindsay, les origines de l'alchimie dans l'Égypte gréco-romaine
  • Lecture alchimique de la Bible

    À partir du , va se développer une lecture alchimique de la Bible .
    • Le Nouveau Testament est souvent cité par les alchimistes (exemple : l'étoile qui guide les rois mages représente le signe qui va mener à l'enfant philosophal), ainsi que l'Ancien Testament (la séparation des eaux de la Genèse ou la traversée de la Mer Rouge par Moïse sont le principe de la séparation initiale des éléments).
    • Le Livre de la Genèse ou plus exactement les jours de la Création sont fréquemment mis en rapport direct avec le Grand Œuvre. L'exemple le plus frappant est celui de Gérard Dorn qui, d'après Paracelse, commente mot à mot les versets de la Genèse et les met en parallèle avec la Table d'Émeraude d'HermèsLa Lumière physique de la Nature, in: Theatrum chemicum, chez le héritiers de Zetzner, Strasbourg, 1659, . L'editio princeps est de Francfort, 1583, chez Christophe Corvinus..

    Lecture alchimique des textes littéraires

    La lecture alchimique de la fable antique va se développer à la Renaissance.
    • .
    • Le Graal est également utilisé dans la symbolique des ouvrages alchimiques et en particulier le récit de sa recherche ., par exemple l'ouvrage de l'alchimiste Fulcanelli Le Mystère des Cathédrales donne du Graal une interprétation initiatique .
    Selon Serge Hutin, il existe une interprétation alchimique de la poésie au Moyen Âge, notamment du Roman de la Rose et de la Divine Comédie. La Rose serait par exemple le symbole à la fois de la Grâce divine et de la Pierre philosophale ..
    • Certains initiés auraient incrusté de grands secrets alchimiques dans des contes populaires. Par exemple, l'épopée de Pinocchio (dont on trouve aussi le pendant dans l'Ancien Testament - Jonas et la baleine) retrace l'ensemble de l'œuvre, jusqu'à la Pierre Philosophale (le pantin qui devient garçon). Ou encore, dans « Blanche rose et rose rouge » des frères Jacob et Wilhelm Grimm. D'autres contes publiés par les mêmes auteurs, comme « L'Âne-salade » et, pour évoquer un exemple célèbre, « Blanche-Neige », ainsi que nombre de contes rassemblés par d'autres auteurs, comme « La Belle au bois dormant » de Charles Perrault, peuvent être lus de ce point de vue, sans que les auteurs sérieux n'excluent pour autant une multitude d'autres interprétations possibles .
    • Le philosophe belge Emmanuel d'Hooghvorst, dans : Le Fil de Pénélope , prétend révéler le sens alchimique des écrits d'Homère, de Virgile, d'Ovide, des contes de Perrault, des tarots, de Cervantès, des Histoires juives, etc. Ses interprétations du Roi Midas, dUlysse, etc. tendent à montrer la concordance alchimique entre tous ces auteurs apparemment disparates. Cette « école » d'interprétation, d'abord considérée comme révolutionnaire, voire fantaisiste ou historiquement impossible, s'appuie en fait sur la lettre des textes originaux et fait des émules même dans les cercles universitaires qui y voient la continuation de Bracesco, d'Eustathe, de Michaël Maïer et de Pernety par exemple. On peut citer dans cette même ligne le Professeur Raimon Arola pour l'EspagneRaimon Arola, La Cabala y la Alquimia en la tradicion espiritual de Occidente, Palma de Mallorca, 2002. (I.S.B.N. 84-9716-178-5)., et le Pr Mino GabrieleVoir, par exemple : Mino Gabriele, La Porta Magica di Roma Simbolo dell'alchimia occidentale, Leo Olschki Editore, Firenze 2015 (I.S.B. N. 978 88 222 6428 2). pour l'Italie.

    Apports de l'alchimie

    Alchimie dans les arts visuels

    Selon R. Halleux ., « l'idée que des monuments ou des œuvres d'art contiennent un symbolisme alchimique n'est pas très ancienne. En 1612 paraît le
    Livre des figures hiéroglyphiques de Nicolas Flamel, qui se présente comme une explication alchimique des figures gravées par le célèbre adepte sur une arche du cimetière des Innocents à Paris. En 1636, un certain de Laborde interprète hermétiquement la statue de Saint Marcel au porche de Notre-Dame de ParisDe Laborde, Explications de l'énigme trouvée à un pilier de l'église Notre-Dame de Paris, Paris, 1636., et, en 1640, Esprit Gobineau de Montluisant écrit une Explication très curieuse des énigmes et figures hiéroglyphiques physiques qui sont au grand porche de l'église cathédrale et métropolitaine de Notre-Dame de ParisReproduit dans Eugène Canseliet, Trois anciens traités d'alchimie, Jean-Jacques Pauvert, 1975.. Cette tradition inspire les travaux d'hermétistes comme CambrielL. F. Cambriel, Cours de philosophie hermétique ou d'alchimie en 19 leçons, Paris, 1843., FulcanelliFulcanelli, Le mystère des cathédrales et l'interprétation des symboles ésotériques du grand-œuvre, 1926 ; Les demeures philosophales et le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'art sacré et l'ésotérisme du grand œuvre, Paris, 1930., CanselietCanseliet, Deux logis alchimiques en marge de la science et de l'histoire, Paris, Jean Schemit, 1945, 160 p. : porte alchimique de la villa Palombera à Rome (1680) et château du Plessis-Bourré ( s.). qui prétendent reconnaître ainsi l'empreinte alchimique dans un certain nombre de monuments du Moyen Âge ou de la renaissance : Notre-Dame de Paris, chapelle Saint Thomas d'Aquin, Sainte Chapelle, cathédrale d'Amiens, palais de Jacques Cœur à Bourges, hôtel Lalemant à Bourges, croix de Hendaye, église Saint Trophime à Arles, château de Dampierre-sur-Boutonne, villa Palombara sur l'Esquilin à Rome, château du Plessis-Bourré, etc. Cette démarche aboutit à des résultats invraisemblables. »
    • Dessins, enluminures, gravures, miniatures. « Les manuscrits alchimiques grecsLes alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995, . n'offrent guère que la figure de l'ouroboros, serpent qui se mord la queue, symbolisant l'unité de la matière sous ses cycles de transformation. Les premiers traités illustrés sont, au , lAurora consurgens, le Livre de la Sainte Trinité, le Donum Dei de Georges Aurech de Strasbourg (1415). On y voit apparaître des motifs dont il serait particulièrement intéressant d'étudier la descendance et les modifications, dans le Rosarium philosophorum, le Splendor Solis de Salomon TrismorinSalomon Trismosin, Splendor Solis (1535), Milan, Archè, 1975, 22 figures en couleurs., les recueils de Michel Maier (Atalanta fugiens, 1618)Michel Maïer, Atalante fugitive (1618), trad., Librairie de Médicis, 1969, 50 gravures sur cuivre, 384 p. et de Jean-Daniel Mylius (Opus medico-chymicum, 1618 ; Philosophia reformata, 1622) ». Merian a fait les gravures pour Michael Maier (son beau-père) et pour Robert Fludd (Utriusque historia…).
    • Peinture. Selon Robert Halleux, « les seuls exemples sûrs d'une inspiration alchimique en peinture ou en sculpture sont de la Renaissance, où il existe des motifs hermétiques chez Giorgone, chez Cranach, chez DürerG. F. Hartlaub, "Arcana artis. Spuren alchemistischer Symbolik in der Kunst des XVI Junhrhunderts", Zeitschrift für Kunstgeschichte, 6 (1937), . H. Biedermann, Materia prima. Eine Bildersammlung zur Ideengeschichte der Alchemie, Graz, 1973. Voir aussi Jean-Marc Elsholz, "2001 : L'Odyssée de l'espace, Le Grand Œuvre", Positif (septembre 1997): , où la gravure Melencolia de Dürer sert de point de départ pour l'analyse du film "alchimique" de Stanley Kubrick., pour ne pas parler des représentations mêmes d'adeptes au travail ». On trouve les représentations d'adeptes au travail chez Bruegel l'AncienA. Brinkman, "Breughel's and its influence", Janus, 61 (1974), . et David Téniers le Jeune (1610-1690)G. Floch-Jou et S. Munoz Calvo, David Teniers testimonio, Bol. Soc. Esp. Hist. Farm., 27 (1976), ..
    • Architecture et sculpture. Selon Robert Halleux, « en sculpture, les mystérieux reliefs qui couvrent le plafond d'une petite salle dans l'hôtel Lalemant à Bourges, construit en 1487, s'expliquent pour une bonne moitié dans un cadre alchimiqueFulcanelli. P. Chenu, Bulletin archéologique des travaux historiques et scientifiques, 1941-1942, sq. G. de Tervarent, "De la méthode iconologique", Mémoires de l'Académie Royale de Belgique. Classe des Beaux Arts, XII, 4 (1961), . J.-J. Mathé, Le plafond astrologique de l'hôtel Lalemant à Bourges, Braine-le-Comte, 1976., sans que cette interprétation soit tout à fait décisive. Mais il n'y a pas d'exemples certains pour le Moyen Âge. Le symbolisme des cathédrales ne paraît rien devoir à l'alchimie. L'interprétation hermétique est née à une époque où le sens religieux du symbole s'était, comme les pierres elles-mêmes, érodé ».
    Des travaux historiques solides ont paru, dont Jacques van Lennep, Art et Alchimie. Étude de l'iconographie hermétique et de ses influences (1966) et Alexander Roob, Alchimie et Mystique (Taschen, 2005).

    Découvertes scientifiques par les alchimistes

    Comme le dit Jacques Bergier, « l'alchimie est la seule pratique para-religieuse ayant enrichi véritablement notre connaissance du réel »L'alchimie, science et sagesse, Encyclopédie Planète, s.d., ..
    Marie la Juive (au début du ? à Alexandrie) a inventé le fameux « bain-marie », dispositif dans lequel la substance à faire chauffer est contenue dans un récipient lui-même placé dans un récipient rempli d'eau, ce qui permet d'obtenir une température constante et modéréeRaphael Patai, Maria the Jewess, Founding Mother of Alchemy, Ambix, 1982, vol. 29, no 3, ..
    Dans la ville d'Alexandrie, on trouve une importante corporation de parfumeurs, possédant des alambics (ambikos) pour distiller des élixirs, des essences florales ; Zosime de Panopolis, vers 300, présente une illustration d'un alambic pour métaux, raffinéLes alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995. R. J. Forbes, A Short History of the Art of Distillation, 2° éd., Leyde, 1970..
    Geber (Jâbir ibn Hâyyan), mort vers 800, découvre divers corps chimiques : l'acide citrique (à la base de l'acidité du citron), l'acide acétique (à partir de vinaigre) et l'acide tartrique (à partir de résidus de vinification). Albert le Grand réussit à préparer la potasse caustique, il est le premier à décrire la composition chimique du cinabre, de la céruse et du minium. Le Pseudo-Arnaud de Villeneuve, vers 1330, ou Arnaud lui-même, découvre les trois acides sulfurique, muriatique et nitrique ; il compose le premier de l'alcool, et s'aperçoit même que cet alcool peut retenir quelques-uns des principes odorants et sapides des végétaux qui y macèrent, d'où sont venues les diverses eaux spiritueuses employées en médecine et pour la cosmétique. Le Pseudo-Raymond Lulle (vers 1330) prépare le bicarbonate de potassium. En 1352, Jean de Roquetaillade (Jean de Rupescissa) introduit de la notion de quintessence, obtenue par distillations successives de l'aqua ardens (l'alcool) ; cette idée d'un principe actif sera essentielle dans l'histoire de la médecine, car il introduit un grand nombre de médicaments chimiques, tels que la teinture d'antimoine, le calomel, le sublimé corrosifR. P. Multhauf, The significance of distillation in Renaissance medical chemistry, Bulletin of the History of Medicine, 30 (1956), ..
    Paracelse est un pionnier de l'utilisation en médecine des produits chimiques et des minéraux, dont le mercure contre la syphilisParacelse, Le mal français. Von der Frantzösichen kranckheyt (1529)., l'arsenic contre le choléra. Il crée la médecine du travail, la toxicologie, la balnéothérapieParacelse, De la vertu des bains de Pfäffers. Vonn dem Bad Pfäffers… Tugenden (1535).. Vers 1526 il crée le mot « zinc » pour désigner l'élément chimique zinc, en se référant à l’aspect en pointe aiguë des cristaux obtenus par fusion et d’après le mot de vieil allemand zinke signifiant « pointe ».
    Basile Valentin décrit vers 1600 l'acide sulfurique et l'acide chlorhydrique.
    Jan Baptiste Van Helmont, « précurseur de la chimie pneumatique » (Ferdinand Hoefer), révèle vers 1610, d’une façon scientifique, l’existence des « gaz », comme il les nommeJan Baptist Van Helmont, Œuvre physique et médecine, traduites par Jean le Conte, Lyon, 1670, ., et en reconnaît plusieurs. Il identifie l’un d’eux, le « gaz sylvestre » (gaz carbonique), qui résulte de la combustion du charbon, ou de l’action du vinaigre sur certaines pierres, ou de la fermentation du jus de raisin. Pour Van Helmont, le gaz constitue l’ensemble des « exhalaisons » dont l’air est le réceptacle.
    Alchimiste à Hambourg, Hennig Brandt découvre le phosphore en 1669 en cherchant l'alkaest dans l'urine.
    Isaac Newton s'intéresse aux pratiques alchimiques. Dans son Optique (1704), à la Question 31, il caractérise la chimie comme étant le lieu de forces attractives et de forces répulsives qui peuvent se manifester à courte distance. Cela lui permet d'expliquer le déplacement d'un métal dans un sel par un autre métal, et propose ce qui constitue la première échelle d'oxydoréduction des métaux. Il explique l'élasticité des gaz, la cohésion des liquides et des solides…
    La création de la porcelaine en Occident revient, en 1708, à un alchimiste, Johann Friedrich Böttger, qui prétendait pouvoir fabriquer de l'or à partir de métaux non précieux. Böttger parvient à percer le secret de la pâte de porcelaine.
    La notion de transmutation a semblé absurde aux positivistes. Pourtant, Ernest Rutherford, en 1919, réalise la première transmutation artificielle : en bombardant de l'azote avec les rayons alpha du radium, il obtient de l'oxygène.

    Postérité dans la poésie

    L'alchimie est explicitement nommée et intégrée dans la poésie et la littérature par des auteurs symbolistes et surréalistes comme Stéphane Mallarmé, Joris-Karl Huysmans, Arthur Rimbaud, Maurice Maeterlinck et André Breton ..
    L'écrivain et théoricien littéraire Roger Laporte explique que Stéphane Mallarmé compare la quête artistique du « Livre » à la recherche du Grand Œuvre alchimique. Pour Laporte, il ne s'agit pas ici de l'alchimie au sens de la transmutation des métaux en or, mais de la fabrication d'une œuvre d'art, quitte à (l'expression est de Mallarmé) .. Mallarmé a été initié à l'alchimie et à la kabbale .. , il se sert du symbolisme alchimique dans son écriture poétique. Cependant, Mallarmé critique l'alchimie comme pratique réelle et ne se sert du terme que de façon métaphorique : .. La réalisation matérielle de l'or ne l'intéresse pas, elle n'est pour lui qu'une question d'économie politique. C'est l'or poétique et littéraire qu'il faut chercher, selon le poète français.
    Le poète Arthur Rimbaud reprend la comparaison de la poésie à l'alchimie. Un poème du recueil Une saison en enfer s'intitule « Alchimie du verbe ». Michel Arouimi, spécialiste de l'œuvre de Rimbaud, parle d' et d' , pour évoquer la façon dont Rimbaud marie les langues .. Le jeune écrivain construit une poétique à partir de mélanges, entre le rythme et la violence par exemple.
    L'écrivain surréaliste André Breton parle d' dans les Manifestes du surréalisme. Il affirme qu'il faut prendre l'expression rimbaldienne « Alchimie du Verbe » au pied de la lettre. La poésie surréaliste se veut alors une transmutation spirituelle et intérieure, grâce à la faculté de l'imagination qui dépasse le rationalisme et s'élève au sens symbolique des choses. Selon Anna Balakian, ..

    Bibliographie principale

    En 1906, le catalogue de Fergusson recensait alchimistes et , sur la base de la seule liste du docteur James YoungBibliotheca Chemica : A Catalogue of the Alchemical and Pharmaceutical Books of the Late James Young of Kelly and Duris. Glasgow, 1906.. Serge Hutin précise (en 1951) qu'« il reste aussi un grand nombre de manuscrits inédits dans toutes les bibliothèques d'Europe ; un assez petit nombre seulement a été édité » .. On estime le nombre des auteurs connus à plus {{nobrde et le nombre des traités, écrits et études à plus {{nobrde Christian Montésinos, Dictionnaire raisonné de l'alchimie et des alchimistes, Éditions de la Hutte, 2011, ..
    Pour une revue des travaux sur l'alchimie, voir Bernard Joly, « Bibliographie », Revue d'histoire des sciences, vol. 49, , 1996, .

    Études universitaires

    Ouvrages Généraux

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    • Viridiana Alpizar, Transcendencia y reencarnación en Remedios Varo, Linguistics, 2017,

    Aspects spécifiques

    • Antoine Faivre, Toison d'or et alchimie, Archè, 1990.
    • Mathieu Guerriaud, La gravure Mystérieuse. Revue d'histoire de la pharmacie, 2011. 59(371): .
    • Revue d'histoire des sciences, tome 49, , 1996. Théorie et pratique dans la construction des savoirs alchimiques.

    Alchimie gréco-alexandrine

    = Textes =

    • Marcellin Berthelot et Charles-Émile Ruelle, Collection des anciens alchimistes grecs (CAAG), 1888, ., rééd. Osnabrück, 1967, t. II, 242 p. : Texte grec, t. III, 429 p. : Traduction (traduction très contestée). En ligne Les alchimistes grecs : table des matières.
    • André-Jean Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste (RHT), t. I : L'astrologie et les sciences occultes, 1944, rééd. Paris, Les Belles Lettres, 1981, . Les 4 vol. de la RHT ont été réimprimés en 1 vol., Paris, Les Belles Lettres, 2006, 1700 p. Voir désormais la nouvelle édition en un volume, revue et corrigée par Concetta Luna, index par Nicolas Roudet, avec un prodrome du P. Henri Dominique Saffrey. .

    = Études =

    • .
    • Dylan M. Burns, « μίξεώς τινι τέχνῃ κρείττονι : Alchemical Metaphor in the Paraphrase of Shem (NHC VII,1) », Aries 15 (2015), .
    • Alberto Camplani, « Procedimenti magico-alchemici e discorso filosofico ermetico » dans Giuliana Lanata (éd.), Il Tardoantico alle soglie del Duemila, ETS, 2000, .
    • Alberto Camplani et Marco Zambon, « Il sacrificio come problema in alcune correnti filosofice di età imperiale », Annali di storia dell'esegesi 19 (2002), p.59-99.
    • Régine Charron et Louis Painchaud, « 'God is a Dyer,' The Background and Significance of a Puzzling Motif in the Coptic Gospel According to Philip (CG II, 3), Le Muséon 114 (2001), .
    • Régine Charron, « The Apocryphon of John (NHC II,1) and the Greco-Egyptian Alchemical Literature », Vigiliae Christinae 59 (2005), .
    • .
    • Korshi Dosoo, « A History of the Theban Magical Library », Bulletin of the American Society of Papyrologists 53 (2016), .
    • Olivier Dufault, Early Greek Alchemy, Patronage and Innovation in Late Antiquity, California Classical Studies, 2019, https://escholarship.org/uc/item/2ks0g83x
    • Sergio Knipe, « Sacrifice and self-transformation in the alchemical writings of Zosimus of Panopolis », dans Christopher Kelly, Richard Flower, Michael Stuart Williams (éds.), Unclassical Traditions. Volume II: Perspectives from East and West in Late Antiquity, Cambridge University Press, 2011, .
    • Kyle A. Fraser, « Zosimos of Panopolis and the Book of Enoch: Alchemy as Forbidden Knowledge », Aries 4.2 (2004), .
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    • Paul T. Keyser, « Greco-Roman Alchemy and Coins of Imitation Silver », American Journal of Numismatics 7-8 (1995-1996), .
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    • Paul Magdalino et Maria Mavroudi (éds.), The Occult Sciences in Byzantium, La Pomme d'or, 2006.
    • Matteo Martelli, « The Alchemical Art of Dyeing: The Fourfold Division of Alchemy and the Enochian Tradition » dans Sven Dupré (éd.), Laboratories of Art, Springer, 2014, https://doi.org/10.1007/978-3-319-05065-2_1.
    • Matteo Martelli, « Alchemy, Medicine and Religion: Zosimus of Panopolis and the Egyptian Priests », Religion in the Roman Empire 3.2 (2017), .
    • Gerasimos Merianos, « Alchemy », In A. Kaldellis & N. Siniossoglou (Eds.), The Cambridge Intellectual History of Byzantium ( ). Cambridge: Cambridge University Press, 2017 https://doi.org/10.1017/9781107300859.015.
    • Efthymios Nikolaïdis (éd.), Greek Alchemy from Late Antiquity to Early Modernity, Brepols, 2019, https://doi.org/10.1484/M.DDA-EB.5.116173
    • Daniel Stolzenberg, « Unpropitious Tinctures: Alchemy, Astrology & Gnosis According to Zosimos of Panopolis », Archives internationales d'histoire des sciences 49 (1999), .
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    • Cristina Viano, « Byzantine Alchemy, or the Era of Systematization », dans John Scarborough et Paul Keyser (eds.), Oxford Handbook of Science and Medicine in the Classical World, Oxford University Press, 2018, .
    • C. Vlachou et al., « Experimental investigation of silvering in late Roman coinage », Material Research Society Symposium Proceedings 712 (2002), p. II9.2.1-II9.2.9, https://doi.org/10.1557/PROC-712-II9.2.

    Alchimie syriaque

    = Textes =

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    = Études =

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    Alchimie en Islam

    = Textes =

    • Al-Ghazâlî, L'alchimie du bonheur, Lyon, Alif, 2010, 146 p.
    • Jâbir Ibn Hayyân, Dix Traités d'alchimie, Arles, Actes Sud, 1999, 318 p., trad. Pierre Lory.

    = Études =

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    • Pierre Lory, « L'alchimie, science et philosophie de l'unité » ( ), In Michel Cazenave (sous la direction de), Unité du monde, unité de l'être, Paris, Éditions, Dervy, 2005
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    Moyen Âge

    = Textes =

  • Simone Balthazar, Le Speculum secretorum, traité alchimique attribué à Roger Bacon (ca 1219 - ca 1292): édition, traduction et étude à partir de la version éditée du Sanioris medicinae ( ), Louvain-la-Neuve, 2000.
  • = Études =

    • Wilhelm Ganzenmüller, L'alchimie au Moyen Âge. Aux frontières de l'impossible, traduction française par G. Petit-Dutaillis, réédition avec révision, mise à jour, introduction et notes de Robert Delhez, Verviers, Éditions Marabout (collection Bibliothèque marabout), 1974 (édition originale : Paris, Éditions Aubier-Montaigne, 1939).
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    • William R. Newman, The Summa Perfectionis of Pseudo-Geber. A Critical Edition, Translation and Study, Leyde, E. J. Brill, 1991 (Collection de travaux de l'Académie Internationale d'Histoire des Sciences, 35).

    Renaissance

    • {{Ouvrage titre = Mystiques, spirituels, alchimistes du allemand auteur = Alexandre Koyré éditeur = Gallimard collection = Idées langue = fr année = 1971 réimpression = lieu = Paris pages = 192 isbn = 2070352331 id=Koyré1971.
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    • Frank Greiner, Les Métamorphoses d'Hermès. Tradition alchimique et esthétique littéraire dans la France de l'âge baroque (1583-1646), Paris, Honoré Champion, 2000.
    • {{Article langue=fr auteur1= Bernard Joly titre= À propos d'une prétendue distinction entre la chimie et l'alchimie au : Questions d'histoire et de méthode périodique= Revue d'histoire des sciences volume= 60 numéro= 1 jour= mois= année= 2007 pages= 167-184 issn= lire en ligne=https://www.cairn.info/revue-d-histoire-des-sciences-2007-1-page-167.htm consulté le=6 juin 2016 id=Joly2007.

    Mircea Eliade

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    Études en psychologie et théorie littéraire

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    Recueils

    • Le Theatrum Chemicum (« Théâtre chimique »), est le plus important et le plus célèbre recueil de traités alchimiques de la Renaissance. Écrit en latin, la langue savante européenne de l'époque, publié pour la première fois en trois volumes en 1602 par l'éditeur et imprimeur strasbourgeois Lazare Zetzner, il atteint six volumes et rassemble 209 traités dans la dernière édition de 1659-1661.
    • La Bibliothèque des philosophes chimiques, éditée en 1672-1673 (sans doute par William Salmon), est rééditée et complétée en 1740-1754 par Jean Maugin de Richenbourg sous ce titre : La Bibliothèque des philosophes chimiques. Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée de plusieurs philosophes, avec des Figures & des Notes pour faciliter l'intelligence de leur Doctrine. Par Monsieur J.M.D.R. 4 vol., 35 textes. Collections des traités alchimiques.
    • Bernard Husson, Anthologie de l'alchimie, Pierre Belfond, 1971, 326 p.
    • Françoise Bonardel, Philosopher par le feu – Anthologie de textes alchimiques, Almora, 2009.

    L'alchimie dans la culture populaire

    Littérature

    • La série Les Secrets de l'immortel Nicolas Flamel de Michael Scott parle de Josh et Sophie Newman, jumeaux qui rencontrent Nicolas Flamel et le docteur Dee, son ennemi qui souhaite ramener les aînés (des dieux comme Mars, Hécate, etc.) et faire disparaître les humains. Nicolas Flamel décide de les aider puisqu'une légende parle d'eux. Au cours de leur périple, ils vont rencontrer trolls, nécromanciens, vampires, etc.
    • Dans l'ensemble des tomes de la série Vampire City de Rachel Caine, Myrnin (vampire) joue le rôle d'un alchimiste mais aussi patron de l'héroïne (Claire Danvers). Il lui transmet alors l'ensemble de son savoir sur la notion.
    • La Chimère des Fouquet. Roman de Jean Broutin. Éditions Sud Ouest, 2007.
    • Harry Potter à l'école des sorciers, 1997, premier tome du cycle romanesque de J. K. Rowling (quête de la pierre philosophale et personnage de Nicolas Flamel).
    • L'Alchimiste (1988), roman philosophique de Paulo Coelho.
    • L'Œuvre au Noir (1968), roman de Marguerite Yourcenar relatant la vie de Zénon Ligre, philosophe, médecin et alchimiste au .
    • Fullmetal Alchemist (FMA), manga d'Hiromu Arakawa : Dans le pays d'Amestris, pays où l'Alchimie est élevée au rang de science universelle, deux frères, Edward et Alphonse Elric parcourent le monde à la recherche de la légendaire pierre philosophale dans le but de retrouver leurs corps perdus. Il a été adapté en anime.
    • Busô Renkin, manga de Nobuhiro Watsuki : Kazuki Mutō, lycéen, meurt tué par un Homonculus pour être ensuite ramené à la vie par une guerrière alchimique: Tokiko Tsumura. Les deux décident alors de faire équipe pour démanteler un groupe d'Homonculus (mangeurs d'humains) dangereusement proches du lycée. Pour cela, ils utilisent le fruit de la recherche alchimique en armement : le Kakugane.
    • La Recherche de l'absolu (1834), roman d'Honoré de Balzac.
    • Dans le Faust de Goethe, Wagner, l'assistant de Faust, fabrique un homoncule.
    • Savinien de Cyrano de Bergerac, Histoire comique des États et Empires de la Lune, publié en 1655. L'auteur reprend la tentative alchimique de mettre en relation les sons et les réactions de la matière.

    Cinéma

    • Harry Potter à l'école des sorciers (Harry Potter and the Philosopher's Stone), film fantastique réalisé par Chris Columbus en 2001.
    • L'Alchimiste (The Alchemist), film d'horreur réalisé par Charles Band en 1984.
    • Dans La Montagne sacrée ( ), réalisé par Alejandro Jodorowsky en 1973, ce dernier joue le rôle d'un alchimiste sans nom précisé qui initie le héros à la sagesse.
    • Fullmetal Alchemist: Brotherhood, dessin animé d’animation japonais dont les personnages principaux sont deux alchimistes.

    Bande dessinée

  • Dans les comic books publiés par la maison d'édition Marvel Comics, le super-vilain Diablo (Esteban Corazón de Ablo) est un alchimiste et transmutateur célèbre, ennemi récurrent des Quatre Fantastiques.
  • Jeux vidéo

  • Dans la série de jeux vidéo The Elder Scrolls.
  • Notes et références

    Notes


    Références


    Voir aussi


    Bibliographie

  • Articles connexes

    • Hermétisme Occultisme Ésotérisme Rose-Croix
    • Transmutation
    • Pierre philosophale Grand Œuvre Chrysopée
    • Avicenne Bolos de Mendès Nicolas Flamel Geber Paracelse Basile Valentin Louis Cattiaux
    • Recueil alchimique Theatrum chemicum Table d'émeraude Turba philosophorum
    • Alchimie en Islam Alchimie chez Mircea Eliade Alchimie taoïste Alchimie byzantine

    Liens externes

    • Sources de l'alchimie Textes numérisés par la BIUM (Bibliothèque interuniversitaire de médecine et d'odontologie, Paris), collection Medic@.
    • BNAM, Bibliothèque Numérique Alchimique du Merveilleux. Textes numérisés et transcrits. http://bnam.fr/

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