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Jean Guitton

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  {{homonGuittonJean Guitton (homonymie) Jean Guitton
Jean Guitton est un philosophe et écrivain français, membre de l'Académie française, né le à Saint-Étienne (Loire), mort le à Paris.

Biographie

Formation

Jean Guitton naît au sein d'une famille catholique de la bourgeoisie stéphanoise : catholique traditionnel du côté paternel, et catholique humaniste du côté maternelPar ailleurs, la mère de Jean Guitton était originaire de Champagnat, dans la Creuse., son grand-père maternel faisant preuve d'agnosticisme. Cette diversité dans les expressions de la foi marque l'originalité de sa pensée. Son frère, Henri Guitton (1904-1992), devint un économiste très réputé. Il est le cousin du poète Jean Desthieux.
Élève au Lycée de Saint-Étienne, il y fait de brillantes études qui le mènent à l'École normale supérieure (promotion 1920). Il y côtoie notamment Pierre-Henri Simon avec lequel il se lie d'amitié. En 1921, il rencontre Jacques Chevalier qui fut pour lui son premier maîtreVoir dans Un siècle, une vie 1988, p. 430, le chapitre sur Jacques Chevalier., il lui fit découvrir le Père Pouget, Lord Halifax. Jacques Chevalier le convainc au bout d'un an de quitter la section des lettres pour la philosophie. Il est classé deuxième à l'agrégation de philosophie en 1923{{Lien webtitre=Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 Ressources numériques en histoire de l'éducationurl=http://rhe.ish-lyon.cnrs.fr/?q=agregsecondaire_laureats&nom=&annee_op==&annee%5Bvalue%5D=1923&annee%5Bmin%5D=&annee%5Bmax%5D=&periode=4&concours=14&items_per_page=100site=rhe.ish-lyon.cnrs.frconsulté le=2016-10-22 et devient docteur ès lettres en 1933. Il obtient l'une de ses premières affectations au lycée Théodore-de-Banville à Moulins (Allier) ; Jean Guitton avait de solides racines bourbonnaises (à Saint-Pourçain-sur-Sioule). Sa thèse porte sur Le Temps et l'éternité chez Plotin et saint Augustin. Il enseigne au lycée pendant plusieurs années avant d'être nommé à l'université de Montpellier en 1937.

Relations avec le maréchal Pétain

Durant la Seconde Guerre mondiale, il est prisonnier de guerre à l'Oflag IV-D (Elsterhorst). La captivité est pour lui l'occasion d'écrire et de publier un essai métaphysique et politique sur l'identité française : Fondements de la communauté françaiseFondements de la communauté française, Lyon, Plon, coll. "Cahiers des captifs", , 1942.. Dans cet ouvrage, préfacé par le maréchal Pétain à qui est dédié le texte, Jean Guitton propose de redonner à la « France nouvelle » qu'il pense voir naître depuis la Défaite, une « mystique » (II, 3) qui réussirait la synthèse du meilleur de l'Ancien Régime et de la Révolution française . Son Journal de captivité 1942-1943Journal de captivité 1942-1943, Paris, Montaigne, 1943 ; réédition sous le titre Pages brûlées. Journal de captivité 1942-1943, Paris, Albin Michel, 1998. se fait aussi l'écho de ses préoccupations politiques : il y raconte, entre autres choses, son engagement dans le « Cercle Pétain » du camp, où il donne des conférences et organise des rencontres entre officiers français et allemandsIbid., 1998, et 130-131.. Plusieurs pages du Journal sont publiées, dès le , dans l'hebdomadaire pétainiste Demain, dont la mission était de rassembler les catholiques de tous bords autour du maréchal PétainGisèle Sapiro, La Guerre des écrivains 1940-1953, Paris, Fayard, 1999, .. Le , il comparaît devant une commission d'épuration, qui lui demande de reconnaître ses erreurs afin d'éviter une condamnation. Il y défend ses convictions, le régime de Vichy et le Maréchal Pétain et refuse d'admettre qu'il s'est trompé. Le , la commission demande sa rétrogradation dans l'enseignement secondaire et l'interdiction d'enseigner la philosophie, pour « intelligence avec l'ennemi et aide à la propagande allemande » Cf. .
Guitton est nommé au Lycée d'Avignon. Révolté par cette « inique épuration » il introduit une requête auprès du Conseil d'État. Celle-ci est instruite par Georges Pompidou, qui est alors maître des requêtes. La décision de la commission d'épuration est finalement annulée par un arrêt en date du , arguant du fait que « les membres du Conseil supérieur d'enquête ainsi que ceux des conseils académiques ne peuvent siéger dans les affaires où ils sont plaignants ou témoins » et en raison de la présence d'un compagnon de captivité de Jean Guitton parmi la commission (Guitton, 86.978, ). Jean Guitton est réintégré dans l'enseignement supérieur et nommé à la faculté de Dijon.

Philosophie

Pendant sa période de détention, Jean Guitton organise des cours sur la pensée de Bergson, dont nul n'ignorait qu'il était juif. Après que l'ambassadeur allemand à Paris, Otto Abetz, lui eut donné une autorisation exceptionnelle de libération à cause de sa limite d'âge , ce même Abetz expliqua ensuite que sa libération était impossible car il avait fait en captivité des cours sur le juif Bergson. Guitton, toutefois, demeura positif : Un siècle, une vie, Robert Laffont, 1988, (Chapitre 3, « Bergson »).
Ami intime de Montini, futur pape (Paul VI), il est protégé des rigueurs de l'Index. Il est appelé par Jean XXIII à participer comme simple laïc au concile Vatican II. Parallèlement, il continue de publier des œuvres philosophiques et apologétiques, qui en ont fait l'un des plus grands penseurs catholiques du . Jean Guitton a aussi été désigné par Bergson au côté de Vladimir Jankélévitch comme héritier de sa penséeVoir dans Un siècle une vie 1988, le chapitre sur "L'évolution créatrice" et le chapitre sur Bergson. Dans le même ouvrage, voir aussi les chapitres sur Althusser, Camus, Daniel Halévy, etc..
Il contribue d'autre part à faire connaître la mystique française Marthe Robin (voir son livre Portrait de Marthe Robin) qu'il allait voir régulièrementJean Guitton écrit, à propos de Marthe Robin : « Plus de cent mille personnes (…) ont défilé dans votre petite chambre. Et moi, j'y suis venu bien des fois puisque je crois vous avoir vue pendant vingt-cinq ans, et chaque année une heure ». Citation extraite de Lettres ouvertes, et à qui il demande conseil avant de se présenter à l'Académie française.
Soutenu par Gabriel Marcel, il est nommé en 1955 à la chaire de philosophie à la Sorbonne, en dépit de l'opposition de Vladimir Jankélévitch et de Jean Wahl qui y voient le retour du pétainisme. Ses premiers cours sont perturbés par des étudiants qui le traitent de « collabo » . Il est élu le à l'Académie française, au fauteuil de Léon Bérard (1876-1960). Le philosophe marxiste Louis Althusser, qui fut son élève et qui l'admirait, vient le voir secrètement de nuit à plusieurs reprises en pour dialoguer avec luiIl le confia lors d'une conférence qu'il fit devant le corps professoral en 1970 à l'Institut catholique pour répondre au livre de .. En 1987, c'est au tour de l'Académie des sciences morales et politiques de lui ouvrir ses portes, au fauteuil de Ferdinand Alquié.
Il continue d'écrire jusqu'à la fin de sa vie. En 1984, il fait part de ses réflexions sur la mort et l'au-delà dans L'Absurde et le Mystère, à la suite de discussions avec le président de la République François Mitterrand, alors atteint d'un cancer. En 1991, il est victime d'une affaire de plagiat. L'astrophysicien Trinh Xuân Thuân accuse les frères Bogdanoff d'avoir plagié son livre La Mélodie secrète (1988) pour leur livre d'entretiens avec Guitton intitulé Dieu et la scienceHervé Morin, « La réputation scientifique contestée des frères Bogdanov », Le Monde, 19 décembre 2002..
Pratiquant la peinture depuis son enfance, il y est fortement conduit et encouragé par Édith Desternes, peintre aux résidences parisienne et charitaine, comme lui aux racines bourbonnaises très fortes (à Moulins et au Veurdre), et qui l'invite à exposer régulièrement ses œuvres à la Galerie Katia Granoff de Paris. Guitton a notamment peint un Chemin de croix pour l'église Saint-Louis-des-Invalides : pour chaque station, pour chaque arrêt en ce chemin, il a réalisé une « toile » – une icône – sur laquelle il a écrit une courte phrase que la peinture éclaire et qui révèle ce qu’il a peint. Jean Cocteau l'a aussi incité à décorer la chapelle des Prémontrés à Rome, puisque saint Gilbert, patron du Bourbonnais, avait fondé un monastère relevant de l'ordre des Prémontrés près de Saint-Pourçain-sur-SiouleDictionnaire des Philosophes, P.U.F., 1984, .
Jean Guitton est mort en 1999, à 97 ans. Marié sur le tard à Marie-Louise Bonnet (1901-1974), il n'avait pas d'enfants.
Il est évoqué dans le des 480 souvenirs cités par Georges Perec dans Je me souviens.

Œuvres

(liste partielle)
  • Portrait d'une mère (1933)
  • Le Temps et l'éternité chez Plotin et Saint Augustin (1933) (Aperçu sur Google Books)
  • La Philosophie de Leibniz (1933)
  • Actualité de saint Augustin (1935)
  • La Pensée moderne et le catholicisme (1934-1950)
    • Perspectives (1934)
    • Newman et Renan (1938)
    • La Pensée de M. Loisy (1936)
    • Critique de la critique (1937)
    • Le Problème de la connaissance et de la pensée religieuse
    • Le Problème de Jésus et le fondement du témoignage chrétien (1946)
    • Développement des idées dans l'Ancien Testament (1947)
  • .
  • Justification du temps (1942)
  • Fondements de la communauté française (1942)
  • Journal de captivité 1942-1943 (1942-1943)
  • Nouvel art de penser (1946)
  • Le Problème de Jésus (1946)
  • L'Amour humain (1948)
  • L'Existence temporelle (1949)
  • La Vierge Marie (1949)
  • Pascal et Leibniz (1951)
  • Le Travail intellectuel (1951)
  • Journal, études et rencontres (1959 et 1968)
  • L'Église et l'Évangile (1959)
  • La Vocation de Bergson (1960)
  • Platon (1960)
  • Une mère dans sa vallée (1961)
  • Problème et Mystère de Jeanne d'Arc (1961)
  • Regard sur le concile (1962)
  • Génie de Pascal (1962)
  • Dialogue avec les précurseurs. Journal œcuménique 1922-1962 (1962)
  • L'Église et les laïcs (1963)
  • La conversion de Ratisbonne (1964)
  • Le Clair et l'Obscur (1964)
  • Dialogues avec Paul VI (1967)
  • Développement de la pensée occidentale (1968)
  • Profils parallèles (1970)
    • Newman et Renan
    • Pascal et Leibniz
    • Teilhard et Bergson
    • Claudel et Heidegger
  • Ce que je crois (1971)
  • Paul VI et l'Année sainte (1974)
  • Écrire comme on se souvient (1974)
  • Remarques et réflexions sur l'Histoire (1976)
  • Journal de ma vie (1976)
  • Évangile et mystère du temps (1977)
  • Philosophie de la Résurrection (1977)
  • L'Évangile dans ma vie (1978)
  • Monadologie (1978)
  • Court traité de phénoménologie mystique (1978)
  • Paul VI secret (1980)
  • Le Temps d'une vie (1980)
  • Jugements (1981)
  • Pages brûlées (1984)
  • L'Absurde et le Mystère (1984)
  • Portrait de Marthe Robin (1985)
  • Œcuménisme (1986)
  • Un siècle, une vie (1988), Prix Fondation Pierre-Lafue 1989
  • Dieu et la science (avec Igor et Grichka Bogdanoff, 1991)
  • Portrait du père Lagrange (1992)
  • Les pouvoirs mystérieux de la foi. Signes et merveilles. (avec Jean-Jacques Antier, 1993)
  • Celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas (avec Jacques Lanzmann, 1994)
  • Lumen de lumine (1994)
  • Chaque jour que Dieu fait (1996)
  • Le Siècle qui s'annonce (1996)
  • Mon testament philosophique (1997)
  • Ultima Verba (avec Gérard Prévost, 1998)
  • Le livre de la sagesse et des vertus retrouvées ((avec Jean-Jacques Antier, 1998)
  • La pensée et la guerre (2017, posthume)

Récompenses

  • 1934 : Prix Bordin de l’Académie française
  • 1941 : Prix Vitet de l’Académie française
  • 1942 : Prix Eugène-Carrière de l’Académie française{{Lien webtitre=Palmarès des prix de l'Académie française en 1942, url=http://www.académie-française.fr/sites/academie-francaise.fr/files/palmares_1942.pdf site=Archives de l'Académie françaiseconsulté le=05-09-2020
  • 1949 : Prix Constant-Dauguet de l'Académie française
  • 1954 : Grand prix de littérature de l'Académie française
  • 1970 : Prix Ève Delacroix de l'Académie française
  • 1979 : Médaille d'or Montaigne
  • 1986 : Commandeur de la Légion d'honneur
  • 1990 : Grand-croix de l'ordre national du Mérite
  • Commandeur des arts et des lettresLe Figaro, 2 avril 1977 et 19 avril 1979

Notes et références


Voir aussi

Bibliographie

  • .
  • Bernard Desthieux, « Origines bourbonnaises et marchoises de Jean Guitton », Les Cahiers bourbonnais, 190 (Charroux-en-Bourbonnais, 2004-2005), .
  • Bernard Desthieux, « Jean Guitton dans sa vallée », Les Cahiers bourbonnais, 191 (Charroux-en-Bourbonnais, 2004-2005), .
  • Thierry Gosset, « L’écheveau d'une amitié, les relations de Jean Guitton avec Jacques Chevalier », Les Cahiers bourbonnais'', 233 (Charroux-en-Bourbonnais, automne 2015), .
  • .

Liens externes

  • Quelques citations
  • Une présentation vidéo sur son travail pictural
{{Palette
Catégorie:Écrivain français du XXe siècle
Catégorie:Écrivain catholique français
Catégorie:Philosophe catholique
Catégorie:Philosophe français du XXe siècle
Catégorie:Lauréat du grand prix de littérature de l'Académie française
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Catégorie:Membre de l'Académie des sciences morales et politiques
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Catégorie:Henri Bergson
Catégorie:Commandeur des Arts et des Lettres
Catégorie:Commandeur de la Légion d'honneur
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Catégorie:Militaire français de la Seconde Guerre mondiale
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