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Empire de Sokoto

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L’empire de Sokoto ou califat de Sokoto a été fondé par un djihad mené entre 1804 et 1810 par le Peul Usman dan Fodio dans le nord du Nigeria. Il s'étendait principalement entre le nord du Nigeria et le nord du Cameroun actuels, et sa capitale était la ville de Sokoto. L'économie de cet empire peul, qui fut à son apogée le plus grand État d’Afrique au (derrière l'Empire ottoman), était fondée sur le commerce et l'esclavage.

Histoire


Le , l'imam peul Usman dan Fodio, menacé par Younfa, roi du Gober, s’enfuit à Gudu. Usman, qui compare sa fuite à celle de l'hégire de Mahomet, prêche la guerre sainte (djihad) contre les impies de toute sorte et en particulier contre les rois des cités haoussas, qu'il accuse de ne pas appliquer les vrais principes de l'islam. Le but est donc la purification de l'islam dans les territoires déjà musulmans .
Des Peuls se joignent à lui, mais aussi de nombreux Haoussas mécontents, faisant d'ailleurs de son armée une troupe à majorité haoussa. Le 21 juin suivant, il remporte la victoire sur l’armée de Younfa à Tabkin Kwato. Il se proclame commandeur des croyants et règne sur le Gober (fin en 1817). Ses douze plus fidèles disciples reçoivent des étendards bénits avec lesquels ils sont envoyés à la conquête des territoires voisins.
La victoire attire de nombreux aventuriers du royaume du Fouta-Toro, de l'empire du Macina et du Songhaï. Avec eux, Usman s’empare de Kano qui devient sa capitale. Ce nouveau succès attire auprès de lui les musulmans du Nigeria et du Cameroun septentrionaux, ainsi que des Peuls métissés établis depuis longtemps dans la région.
À la tête d’une armée puissante, Usman annexe tous les royaumes haoussa (Katsina, Zaria, Noupé, Kebbi, Liptako) et le nord du Cameroun de 1804 à 1808. Il désigne des émirs pour administrer les territoires conquis, le plus souvent les souverains vaincus, confirmés dans leur fonction.
En 1815, Usman transmet le titre de sultan de Sokoto à son fils Mohammed Bello. À cette époque, des troubles éclatent dans plusieurs provinces de l’empire. Les Haoussa, encouragés par les Touareg de l’Aïr et par le souverain du Kanem et du Bornou, rejettent la suzeraineté théocratique de Sokoto et son islam rigoriste. Mohammed Bello rétablit le calme.
En 1823 Mohammed Bello soumet Ilorin au nord du royaume d’Oyo. Le 13 avril 1827 l’explorateur britannique Hugh Clapperton meurt à Sokoto, où il était reçu par Mohammed Bello.
Mohammed Bello meurt en 1837. Son jeune frère Ousmane (Atikou) lui succède à la tête de l’empire jusqu'en 1843.
du Sokoto (1900).
En 1840, les Peuls de Sokoto sont repoussés du royaume d’Oyo par les Yorubas à la bataille d’Oshogbo. En 1841, Modibbo Adama, disciple d’Usman dan Fodio, s’installe à Yola et étend sa puissance et son domaine au sud-est de l’empire de Sokoto. Jusqu’à sa mort en 1847, il combat les tribus animistes du nord du Cameroun et son adversaire, le roi de Mandara. Il réalise l’unité du Fombina (le sud), qui prend en son honneur le nom d’Adamaoua.
En novembre 1842, Ali, fils de Mohammed Bello, prend le pouvoir à Sokoto à la mort d’Atikou, jusqu'en 1855. Son règne est marqué par des révoltes et des attaques incessantes contre les territoires soumis par les Peuls, en particulier contre le Gober qui s'est affranchi entretemps et le dernier sultanat Haoussa indépendant de Zinder (autrement appelé Damagaram) et la région de Maradi, zone forestière peuplée de réfugiés des guerres précédentes et où des survivants de la famille régnante du Katsina s'étaient réfugiés. Les cités qui composent l’empire reprennent leur indépendance en reconnaissant d’une façon nominale l’autorité du commandeur des croyants établi à Sokoto.
En février 1903, les Britanniques occupent sans difficultés Kano, puis Sokoto en mars. La frontière séparant actuellement le Niger et le Nigeria correspond peu ou prou aux limites entre territoires alors sous souveraineté du Sokoto au sud et territoires indépendants (Gobir, Maradi, Zinder) au nordCamille Lefebvre, « L'Afrique n'est pas victime de ses frontières », Le Monde, 6 avril 2015, mise à jour du 19 août 2019 ; page consultée le 20 juillet 2020..
Descendant direct du premier calife, Muhammadu Sa'ad Abubakar III, du titre reste, aujourd'hui encore, le plus haut dignitaire musulman du Nigeria ..

Géographie

À son apogée, le califat de Sokoto est {{Articleauteur1= titre=Les empires djihadistes de l’Ouest africain aux XVIII -XIX siècles périodique=Cahiers d'histoire volume= numéro=128 date=2015 pages=87-103 issn= e-issn= lire en ligne=https://journals.openedition.org/chrhc/4592?lang=en consulté le= 27 janvier 2020.. Il couvre principalement le nord du Nigeria et le nord du Cameroun contemporains . et s'étire du Burkina Faso moderne à la République de Centrafrique.
Il couvre une superficie de l'ordre de ., ce qui le place néanmoins derrière les provinces de l'Empire ottoman qui comprennent l’Égypte (un million de kilomètres carrés) et la Libye ( de kilomètres carrés). Sa population est de l'ordre de dix millions d'habitants.

Organisation

Le califat de Sokoto est un État fortement décentralisé dirigé par le calife, dont les compagnons sont placés comme émirs à la tête de chaque subdivision territoriale. Ceux-ci répondent en théorie directement de leurs actions auprès du calife mais en raison de la distance, le califat est de fait divisé entre les émirats de l’ouest, directement dirigés depuis la ville de Sokoto, et les émirats de l’est plus ou moins autonomes. Selon l'historien , l'établissement du califat en tant que fédération : . Il incluait plus de vingt sous-émirats dans l’empire d’Adamawa, également connu sous le nom de Fombina, dont la capitale était Yola sur la rivière Bénoué.
Le jihad remplace les impôts des dirigeants haoussas par des impôts islamiques comme la zakât. Les impôts dépendent largement de chaque émirat avec par exemple l’existence d’un impôt foncier à Kano et Zaria et non à Sokoto.
La collecte dans les mines de sel du nord du califat était fondée sur le travail servile, tout comme les industries du fer, coton, indigo ou cuir des régions centrales du califat.
Le système économique du califat de Sokoto repose sur l'esclavage, en particulier des populations animistes du centre de l'actuel Nigeria .

Influence et postérité

Selon l'anthropologue Murray Last, l'impact du califat de Sokoto en Afrique est comparable à celui de la Révolution française dans la reconfiguration de l’histoire européenne et du monde atlantique de la fin du et au-delà. L'historien souligne que , et que .
Le djihad de Dan Fodio reste une référence constante dans la région, et a connu de multiples interprétations historiques. Si certains y ont vu le produit d'une simple querelle ethnique — une vision réductrice dans la mesure où les Peuls étaient en infériorité numérique dans la plupart des territoires conquis par Sokoto — d'autres y vu une révolution compte tenu du message religieux vantant une certaine forme d'égalité et la fin de la corruption des élites dirigeantes hausa.

Notes et références


Annexes

Bibliographie


  • {{Ouvrageprénom=Camillenom=Lefebvretitre=Frontières de sable, frontières de papiersous-titre=histoire de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la colonisation française du Niger, éditeur=Publications de la Sorbonnecollection=Bibliothèque historique des pays d'islamannée=2015pages totales=540format= isbn=978-2859448837oclc=904949344.
  • .
  • .
  • {{Ouvrageprénom1=Elikianom1=M’Bokololien auteur=Elikia M'Bokolopréface=Michèle Gendreau-Massalouxtitre=Afrique noiresous-titre=histoire et civilisationstome=IItitre tome=du à nos jourséditeur=Hatier-AUFlieu=Pariscollection=Universités francophonesannée=2004format= pages totales=587isbn=978-2218750502oclc=492828141.
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Articles connexes

  • 2000-2015 : Insurrection de Boko Haram, Boko Haram, Ansaru
  • Liens externes

    • {{Lien webprénom=Vincentnom=Hiribarrentitre=Au , un État islamique africain de référencesite=liberation.fréditeur=Libérationlien éditeur=Libération (journal)date=2015-06-25lire en ligne=http://libeafrica4.blogs.liberation.fr/2015/06/25/letat-islamique-africain-de-reference/.
    • .
    • {{Articleprénom=Paul E.nom=Lovejoytitre=Les empires djihadistes de l’Ouest africain aux périodique=Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critiquenuméro=128année=2015passage=87-103lire en ligne=https://journals.openedition.org/chrhc/4592consulté le=2020-04-21.

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